Multiplication des oppositions contre le dialogue : Les réformes déjà compromises ?

En dépit des visites et des contacts tous azimuts, le Triumvirat semble être à la peine pour un ralliement de qualité autour de l’initiative de l’organisation d’un dialogue inclusif. Du bémol du Chérif de Nioro, la semaine dernière au Premier ministre, au communiqué on ne peut plus clair de la COFOP, venant s’ajouter aux prises de positions antérieures déjà assumées par certains partis et associations politiques, la ‘’grande affaire’’ politique du second quinquennat d’IBK prend de l’eau.

La Coalition des forces patriotiques (COFOP), à travers sa conférence des présidents, a franchi le rubicond des hésitations à se démarquer de l’initiative du dialogue national inclusif. En effet, ce mardi 20 août,  la coalition dirigée par Oumar Mariko de Sadi et le Général Moussa Sinko Coulibaly, a publié un communiqué pour annoncer au Premier Ministre Boubou Cissé la suspension de sa participation aux travaux de l’organisation du dialogue politique. La COFOP dénonce surtout l’ancrage institutionnel du processus dont les conséquences impacteront la mise en œuvre des résolutions. En rejetant, «le placement de l’organisation du Dialogue politique inclusif sollicité par les partis de l’Opposition sous l’autorité des départements ministériels», qui ne peuvent être à la fois «dans l’élaboration et la mise en œuvre des termes de références relatifs à l’organisation du dialogue politique», dont ils auront par ailleurs la charge de la mise en œuvre des résolutions.

La démarche actuelle paraît aux yeux de nombre d’acteurs comme une fuite de responsabilité du Président de la République, à qui il revient de recevoir les attendus du dialogue. Le processus en cours aboutira à traduire dans les actes la volonté affichée dans les termes de référence proposés selon laquelle, les résolutions n’auront pas un caractère contraignant. Ce qui décharge par anticipation le Chef de l’Etat de l’obligation de mise en œuvre de toute conclusion qui ne lui conviendrait pas même si elle est issue d’une volonté commune. Apparemment, la COFOP, en sortant du processus considère que le dialogue, tel que conçu, sera une mascarade si d’avance les décisions et résolutions qui en seront issues, n’ont qu’une valeur consultative et non exécutoire. Pour un proche d’Oumar Mariko, le Président IBK peut se contenter d’appliquer son programme et éviter de distraire la nation par une initiative à laquelle il n’attache aucune importance quant aux retombées.

Par ailleurs, comme vient de le confirmer la COFOP dans son communiqué, la démarche suscite la méfiance des acteurs politiques et de la société civile. En effet, les parties prenantes considèrent le processus d’élaboration des termes de référence et l’ancrage institutionnel au mieux comme des formats déjà préétablis et au pire comme des carcans dans lesquels on entend les enfermer. Dans le même registre, Mme SY Kadiatou SOW, présidente de l’ADEMA Association, avait déjà dénoncé une démarche au forceps, en soulignant que «le gouvernement et le chef de l’État décident de manière unilatérale (du) format et (du) contenu» des discussions prévues.

Toute chose d’ailleurs confirmée bien auparavant par la configuration du processus d’organisation, qu’Issa N’ Diaye avait stigmatisé jugeant que «les thématiques sont imposées (pour satisfaire) les préoccupations essentielles du pouvoir… ». Le philosophe était de surcroît conforté en cela par le constat que, sur «la question des participants… le pouvoir (s’arrogeait plutôt)) le droit de désigner les participants au … dialogue» au détriment de la représentativité réelle des sensibilités. Pour Issa N’Diaye, «il s’agit d’une simple cooptation des élites entre elles» et non d’une volonté réelle d’aller vers l’unité autour des périls qui menacent la nation. 

L’égérie de l’Adema s’exprimait dans le cadre de la plate-forme ‘’An Ko Mali Dron’’. Ce nouveau regroupement prend le relais de ‘’An Tè A Bana’’, qui avait conduit en 2017 la précédente opposition à la révision constitutionnelle et qui avait réussi à faire reculer IBK. La nouvelle plate-forme regroupe, outre les associations dont  l’ADEMA Association (même si le parti ADEMA se démarque de l’initiative), le CNID-Association, plusieurs partis politique dont ceux du Font pour la sauvegarde de la démocratie, FSD, les FARE,  le CNAS Faso- Hèrè, etc. En opposant, dans un récent document, son projet de «Dialogue  National Inclusif » au « dialogue politique inclusif» ayant préludé à la formation de l’actuel exécutif le 19 mai dernier et qui doit être couronné par le forum attendu, la plate-forme de Mme SY Kadiatou SOW rejoint d’ailleurs le Pr Issa N’Diaye qui avait noté comme une tare le fait que le «pays profond est ignoré (… car) le dialogue s’arrêtera aux portes des cercles sous l’égide des préfets». ‘’An Ko Mali Dron’’ exige que toute initiative de dialogue «replace le Peuple au cœur du processus de sortie de crise en redonnant aux maliens cette chance historique de se parler, de faire le point et de dire ce qu’ils veulent construire ensemble pour leur pays en tant que Nation». Car le régime d’IBK a suffisamment démontré son incurie à travers son «incapacité (…) à mettre fin à toutes les formes d’insécurité qui se généralisent, et aux affrontements meurtriers mettant en péril l’unité nationale…».

De toute façon, aux yeux des acteurs politiques et associatifs sollicités, les membres du Triumvirat ne passent d’ailleurs pas pour des parangons de dialogue. Et pour cause, en lançant le mercredi 3 juillet dernier lors d’une sortie médiatique, son fameux «Dialogue inclusif, d’accord, mais pas de cacophonie…», le médiateur Baba Hakib Haïdara, sortait de son rôle de modérateur, car cela consistait à qualifier avant l’heure toute velléité de résistance et d’observations contraires de tentative de cacophonie. Au demeurant, pour nombre de parties prenantes, le pouvoir se sert plutôt de l’aura relative des personnalités du triumvirat pour atteindre ses objectifs.

Ces perspectives réelles d’échec du projet incitent certainement le pouvoir à se tourner vers les leaders communautaires et religieux. Si dans certaines représentations du genre, le pouvoir corrosif des prébendes demeure toujours prégnant, le régime n’a pour l’heure pas toujours bonne presse auprès des religieux, du fait d’une inimitié personnelle assez profonde entre IBK et ceux-là qui lui ont servi de rampe de lancement et dont il a savonné la planche en retour. Et Boubou Cissé en a fait les frais lors de sa ‘’quête de bénédictions’’ à Nioro du Sahel. En réaffirmant, ce 16 août dernier que «Si ce n’est pas pour l’accord d’Alger, je suis d’accord pour une concertation nationale», le Chérif de Nioro a refroidi considérablement les aspirations d’IBK et de son régime. Car le dialogue inclusif envisagé, en dépit de tous les effets discursifs, a un seul objectif : faire accepter une révision constitutionnelle rejetée par presque tout le monde. Le recours au Guide des Hamalistes visait à emporter l’adhésion des influents leaders religieux du pays.

Le chemin est encore long pour une initiative, voulue nationale, et qui prend de plus en plus les allures d’une future agape entre une bande de fidèles. D’ailleurs, s’interroge un observateur de la scène, comment juger autrement la défiance manifeste de l’ancien Président Alpha Oumar Konaré que le Triumvirat peine toujours à rencontrer ?

Source : La Révélation

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