4ème pont de Bamako : Trois raisons pour un financement entièrement bamakois 

La nécessité d’un quatrième pont sur le fleuve Niger à Bamako est l’évidence même et ce n’est pas le Gouvernement qui dira le contraire, lui qui vient de décider de mesures palliatives pour améliorer la circulation dans la capitale très congestionnée du Mali. En fait il faut plusieurs ponts supplémentaires sur le Niger à Bamako du fait de l’étalement de la ville, de l’accroissement démographique et de l’accroissement encore plus rapide des automobiles et des motocyclettes. Plusieurs années ont déjà passé  depuis que de précédentes autorités politiques avaient évoqué la question, tout en liant la réalisation de l’infrastructure à l’obtention de financements extérieurs. Je propose ici trois raisons de se passer de dons en provenance de l’extérieur pour réaliser le 4ième pont de Bamako et toutes ses voies d’accès.

1-Fierté et honneur national :

Si l’honorabilité dont nous autres maliens nous réclamons à toute occasion a encore un sens concret alors après bientôt 60 ans d’indépendance nous devons être embarrassés par le fait qu’aucun des ponts qui permettent de passer d’une rive à l’autre du Niger à Bamako n’est issu des efforts financiers des maliens. Le premier pont a été construit par le colonisateur, le deuxième généreusement offert par le Roi Fahd d’Arabie saoudite, le troisième également généreusement offert, cette fois par la Chine, faisant du Mali un mendiant international hors catégorie. Quelle honte !

Quelle que soit la nature d’un projet d’infrastructure, dès qu’il est d’envergure, les gouvernements du Mali nous sortent le sempiternel refrain de la recherche de partenaires financiers, un euphémisme pour dire que le Mali tend sa sébile aux autres. Pour la réalisation du quatrième pont de Bamako, point n’est besoin d’attendre que cela entre dans l’agenda d’un généreux donateur ; l’honneur nous recommande de le financer entièrement. Cette raison est la plus importante car un peuple sans honneur mérite cent fois tout ce qu’il lui arrive de mal.

2- Effort de guerre et développement inégal des territoires au Mali :

Une fois que nous sommes d’accord que nous devons payer nous-mêmes cette infrastructure le problème qui vient immédiatement à l’esprit est l’étroitesse de l’assiette fiscale, la modicité des moyens de l’Etat face aux immenses besoins du pays, tous plus pressants les uns que les autres, et surtout l’effort de guerre qui depuis 6 ans saigne les finances publiques du pays. Cette guerre dont pour l’instant la fin ne se profile point à l’horizon et qui continuera d’engloutir des sommes astronomiques pendant encore de trop nombreuses années. Cette guerre qui se gagnera aussi par le développement et à cet égard le district de Bamako est la région la plus dotée en infrastructures du pays, aussi elle possède plus d’infrastructures que le reste du pays réuni. Pendant que le seuil de pauvreté s’établit à x% à Bamako il est de % dans le reste du pays. L’Etat malien ne peut donc pas, s’il ne veut pas que les autres régions encore épargnées par les rebellions armées et les milices ne s’embrasent, financer des infrastructures d’envergure à Bamako. Les velléités sécessionnistes que l’on observe ici et là dans la région de Kayes, où plus de 80% de l’or produit au Mali est extrait, et qui trouvent des débouchés dans l’état d’enclavement lamentable de la région n’ont pas besoin de combustible supplémentaire pour définitivement brûler le tissu social malien. Il revient donc aux bamakois, plus de 2,5 millions ils sont, de relever le défi de l’honneur et de payer pour les infrastructures dont ils ont besoin. Mais comment une ville qui n’arrive pas à honorer ses engagements financiers auprès de la société d’enlèvements des déchets, une ville si sale qu’elle donne l’impression d’être une injure à la face du soleil peut-elle financer un tel projet ? C’est facile avec de l’honneur, du courage et de l’intelligence comme nous le verrons au dernier point. Cependant si nous n’avons ni honneur, ni courage, ni intelligence alors nous méritons de connaître l’enfer sur terre.

Démarrage de la révolution fiscale à Bamako :

Plusieurs études économiques, anciennes comme récentes, ont mis en évidence le fait que Bamako, à l’instar de nombreuses villes africaines, regorge de gisements fiscaux inexploités. Deux obstacles majeurs à cette inexploitation et qui sont dialectiquement liés sont l’incivisme fiscal et la mauvaise gestion des recettes fiscales. Autrement dit il y a suffisamment de richesses produites à Bamako pour moderniser la ville, mais faute d’intelligence collective les bamakois en sont réduits à avoir honte lorsqu’ils ont à faire visiter leur ville à des étrangers venus d’autres pays africains. Un seul véritable projet d’envergure bien conçu, qui suscite l’adhésion des citadins et bien exécuté par les autorités, agit comme catalyseur de l’action collective et brise dans sa réalisation l’obstacle de la mauvaise gestion et par ses résultats peut permettre d’enclencher un authentique changement de comportement civique en matière fiscale.

Je propose de faire payer par les usagers de la route les coûts de réalisation du 4ième pont. Rien de nouveau sous le soleil : l’Etat s’endette ou un privé construit et se rémunère en percevant des droits de passage. On appelle cela partenariat public privé (PPP). Cependant outre le fait qu’un péage en pleine ville n’est pas une solution optimale pour résoudre les problèmes de mobilité urbaine, de nombreuses expériences ont montré que les coûts des PPP sont exorbitants, et que leurs procédés ne permettent de renforcer les capacités des administrations des pays en voie de développement. Ce que je propose donc n’est pas la recherche de PPP mais l’augmentation progressive des tarifs des vignettes automobile et motocyclette et l’obtention d’un prêt auprès de la BAD ou de la BOAD qui sera remboursé avec les montants des vignettes collectées annuellement. Les véhicules de transport en commun, intra urbain comme interurbain, seront exclus de l’augmentation de ces tarifs. Les premiers parce qu’ils sont surtout empruntés par les plus démunis et les seconds pour la même raison outre le fait que ce n’est qu’une infime partie de leur trajet qui se déroule à Bamako.

Les cinq dernières années on a pu assister à une explosion des emplacements de ventes de véhicules automobiles que ne traduisent pas les statistiques officielles en raison de fraude à l’immatriculation et surtout de mauvaises pratiques de collectes de données. Les standings des véhicules vendus sont sans cesse croissants. En revanche depuis plus d’une quinzaine d’années les tarifs des vignettes sont demeurés fixes.

Par exemple, au flair, je propose que le prix de la vignette de tous les véhicules 4×4 soit porté à 250.000 FCFA par an. Lorsque l’on a travaillé honnêtement pour se payer un 4×4 l’on ne devrait pas éprouver de la peine à payer 250.000 par an. Que 50.000 FCFA soit le prix minimum quelle que soit la catégorie de véhicule etc.

Pour un parc de 100.000 automobiles, une augmentation moyenne de 25.000 FCFA par véhicule par an rapporterait 75 milliards de FCFA en 30 ans et une augmentation moyenne de 37.000 FCFA (c’est dire le minimum actuel 13.000 FCFA ôtés du minimum que je propose 50.000 FCFA) rapporterait 111 milliards de FCFA. De quoi réaliser et le pont et toutes voies d’accès et même quelques passages à niveau supplémentaires.

En revanche il va falloir expliquer clairement aux usagers de la route ce qu’ils gagnent en retour du paiement des vignettes. Je sais qu’aux heures de pointe je parcours les mêmes trajets en trois fois plus de temps qu’aux heures creuses. Je sais que les heures creuses sont de plus en plus réduites et que dans la durée les heures creuses sont de moins en moins creuses c’est-à-dire qu’elles-mêmes me prennent plus de temps que par le passé. L’intelligence consiste ici à estimer de manière scientifique les gains de temps des automobilistes suite à la mise en service d’un quatrième pont. Ces gains de temps constituent autant d’économies de carburant, de réduction du rythme d’usure du véhicule qui peuvent être monétairement évalués. Ces gains de temps se traduisent aussi par moins de fatigue plus de temps passé en famille, à produire etc. Les augmentations proposées des tarifs des vignettes doivent être mises en face de tous ces gains et les résultats doivent être communiqués intensément et clairement pour susciter l’adhésion des citadins.

 Là où l’intelligence est requise c’est d’étudier scientifiquement les niveaux de tarifications optimales en fonction des catégories de véhicules ; c’est de définir dans le cadre de la régionalisation/décentralisation les modalités de perception et de gestion des montants des vignettes entre l’Etat et les mairies.

Là où la volonté est requise c’est de diligenter ces études qui peuvent être bouclées en trois mois et compris toutes les concertations requises. Là où le courage est requis c’est de vaincre les réticences et d’imposer en état responsable l’amélioration des conditions de vie des populations.

IBK serait bien inspiré de demander à son gouvernement de plus de 30 membres de faire en sorte que d’ici septembre 2023 ces propositions deviennent une réalité. Il ferait ainsi un immense cadeau aux bamakois et marquera pour eux d’une empreinte concrète ses dix années passées à la tête du pays.

Abdoulaye Shaka Bagayogo

 

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