En défense de Moussa Timbiné : qui n’en a nul besoin !

À l’annonce de l’élection de Moussa Timbiné au perchoir, les réseaux sociaux (RS) maliens sont entrés en ébullition dans des manifestations d’indignation à qui mieux mieux. La force des mots et l’ampleur de la fureur virtuelle des commentateurs peuvent faire penser à un observateur non averti que les jours de Timbiné à la tête de l’Assemblée nationale sont comptés et que sous peu les propos de désapprobation seront suivis par des actions de démonstrations pacifiques et massives le contraignant à la démission.

Que nenni. Il n’en sera rien. Si les résultats des élections présidentielles de 2018 ont démontré une chose, c’est que les opinions émises sur les réseaux sociaux ont peu d’influence sur le vote des Maliens et que dans leur majorité, les citoyens de notre pays vivent et produisent encore dans la réalité et n’ont pas le temps des verbiages sans lendemain dans des espaces dont la seule réalité est le caractère inconséquent des propos qui y sont ténus.

Cet énième émoi populaire sur les réseaux sociaux ne sera pas plus qu’une tempête dans un verre d’eau ; soyons généreux une tempête dans une chambre d’échos. S’intéresser à cet évènement a donc d’autres motifs que l’analyse de ses conséquences ; motifs qui sont relatifs aux capacités d’influence des réseaux sociaux maliens sur l’opinion mais aussi et surtout à ce qu’il dit des usagers des réseaux sociaux maliens dans leurs rapports à la politique et à la construction nationale.

Avant, pendant et après la campagne électorale, Timbiné a été l’homme politique le plus vilipendé sur les réseaux sociaux et l’inqualifiable Ras Bath n’est pas la moindre des causes à cela. Pire en fait, Timbiné est l’homme politique qui a été le plus insulté, injurié sur les réseaux sociaux depuis 2016, même IBK n’a pas eu à subir les excès auxquels Timbiné a été soumis. Pourtant, nulle procédure en justice ou déclarations malencontreuses en réponse au fait qu’à chaque levée de soleil, il découvre son nom flétrit dans la boue de caniveaux. C’est comme s’il savait que l’important se jouait ailleurs. Sa double élection, d’abord comme député puis au perchoir, vient confirmer que Ras Bath et tous les soi-disant activistes du même acabit ont peu d’influence sur la vie politique nationale ; autrement la liste conduite par Timbiné aurait été lamentablement éliminée par les électeurs de sa circonscription électorale. Après tout, cliquer sur le bouton like n’est pas voter à une élection et commenter une publication sur les réseaux sociaux est différent d’aller sur le terrain battre campagne.

Quelques individus sans autre qualification que le fait de ne pas connaître la honte, car rapportant invariablement des propos qui sont démentis la minute d’après, ou adoptant des postures politiques qu’ils changent encore plus vite que les habits qu’ils portent, n’éprouvant aucune honte à renier le lendemain une position qu’ils défendaient mordicus la veille, ont compris que berner le peuple en prétextant défendre sa cause, à l’instar de la classe politique qui a géré le pays depuis juin 1992, sous le manteau de l’activisme ou du journalisme (lequel ?) est une activité rémunératrice, vocifèrent à tout va les pires calomnies, mensonges, inepties auprès d’un public qui pense que la participation à la vie civique se limitent à liker ou commenter des publications sur les réseaux sociaux.

Qui sont d’ailleurs ces usagers- commentateurs sur les réseaux sociaux ?

Ce sont des personnes alphabétisées, urbaines et de la diaspora ; une petite minorité dans notre pays dont l’écrasante majorité des adultes est analphabète. Ensuite, ce sont des jeunes et des adultes, plutôt de sexe masculin, mais pas des seniors ; des personnes pour la plupart qui ne sont pas socialement en position de décideur. Que reprochent-ils à Timbiné ? Un comportement caractériel supposé, sa prétendue mauvaise maîtrise du français et le fait qu’il ne s’embarrasserait pas de proférer à tout vent et pour n’importe quelle raison des injures grossières dont la plus grave, la plus énorme, consiste à nommer les parties d’une mère.

Pourtant, malgré ces prétendus traits de caractère, Timbiné a obtenu plus de voix, 134 sur 147, qu’aucun autre candidat à la présidence de l’Assemblée nationale dans l’histoire démocratique malienne. Le vote était à bulletin secret et Timbiné avait siégé sept ans au cours de la précédente législature qui a été prolongée de deux ans. Même si l’Assemblée nationale a été renouvelée à plus de 80%, ses pairs ont eu l’occasion de se faire une idée de son tempérament et il ne doit pas certainement être aussi désastreux que ses détracteurs veulent le croire et le faire croire. Ceux qui prétendent l’avoir connu dans sa jeunesse, au moment où il dirigeait l’AEEM, et le vouent aux gémonies en raison de ce qu’ils sauraient de lui devraient au moins reconnaître que les responsabilités peuvent changer l’être humain et que rarement l’on est le même individu vingt ans après la vingtaine.

Moussa Timbiné parlerait un français approximatif. Et alors ? Il n’est pas le descendant de Molière ou un héritier de Victor Hugo. L’essentiel est qu’il arrive à se faire entendre et comprendre. IBK, dont on dit qu’il reprend ses ministres pour des fautes d’accords grammaticaux ou de concordance des temps, et qui à l’évidence s’exprime dans une langue plus soutenue que François Hollande et Emmanuel Macron, a certainement vu bien plus loin que l’étendue du vocabulaire de Timbiné ou ses tournures grammaticales approximatives pour l’avoir adoubé pour son accession au perchoir.

Quid du fait que Timbiné parle le dogosso, le fulfulde, le bamanankan. Langues bien plus répandues auprès des populations maliennes que le français. Il faut soupçonner derrière cette critique, les restes d’un complexe colonial dont les élites lettrées maliennes n’arrivent pas à se départir. Avant la crise du Covid-19, il y avait déjà six millions de chômeurs en France. Et ce n’était pas faute de pouvoir s’exprimer correctement en français !

Timbiné n’est pas un professeur de français et ATT avec son vocabulaire limité et sa grammaire approximative a bien été 10 ans durant président de la République. Alors de quoi les rejetons de ceux qui ont festoyé des biens publics sous ATT se plaignent ? De ne plus être conviés au festin national ? Qu’ils attendent nous arrivons en renfort pour les aider à verser des seaux de larmes en excès dans leurs yeux.

Il aurait également la bouche fendue, exhibant par la même occasion son manque de considération pour les femmes. Si l’on ne peut donc pas trouver des excuses à ce prétendu défaut de Timbiné, on ne peut pas le singulariser avec, car bien des gens, et des plus éminents dans notre pays, malheureusement, ont un langage très déplorable.

Si l’on veut lui faire un procès en infidélité conjugale, le tribunal public sera vite débordé par les cas des cadres maliens pour qui avoir des maîtresses est plus qu’une seconde nature.

Il ne faut pas haïr le joueur mais s’en prendre au jeu. Il ne faut pas rester sur le banc de touche à haïr le joueur ou à se plaindre qu’il ne marque pas au jeu du développement national, on peut et on doit se lever pour lui arracher la balle et faire mieux avec.  

Plusieurs groupes à la conscience politique intimement liée à leur estomac et un grand groupe de suiveurs se comportent comme une queue, elle va là où les cuisses vont.

De nombreuses alternatives à Timbiné se sont manifestées lors des législatives, des alternatives aussi poussées au point d’être des alternatives à l’ADEMACRATIE qui sert de régime au Mali depuis 1992. Ces alternatives n’ont reçu presqu’aucun support de ceux qui bavassent nuit et jour sur les réseaux sociaux.

Qu’est-ce que cette révolte révèle de ceux qui sont présents sur les réseaux sociaux ou sur une partie de l’opinion publique de Bamako ? En tout état de cause, ce sont ceux qui envoient leur épouse accoucher aux Amériques, pour chercher un passeport, qui tiennent ce genre de propos.

Abdoulaye Shaka Bagayogo/L’oeil du Mali

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