Bras de fer autour de la démission du Président de la République : Défiance envers IBK et absence d’alternatives !

La bronca contre IBK en personne, et le régime qu’il incarne, ne répond cependant pas à l’impérieuse nécessité d’alternatives à la démission du Chef de l’Etat. Le mot d’ordre du M5-RFP, pour clair et radical qu’il soit, la démission d’IBK et de son régime n’offre pour l’heure, aucune lisibilité quant à la forme et le contenu de ce que la contestation entend y substituer !

Le DNI dépoussiéré

Parmi les multiples réactions tendant à se muer en propositions de sortie de crise, diverses interventions et tribunes, dont celle de l’ancien Premier Ministre, Soumeylou Boubèye Maïga, paraissent assez cohérentes. Celui qu’une contestation majeure, conduite alors par le prêcheur Wahhabite Mahmoud Dicko, a chassé du pouvoir en avril 2019, vient certes opportunément réhabiliter le DNI et ses attendus, mais la trop forte coloration politique de la proposition et l’initiative qui a suscité la défiance des forces aujourd’hui battant le pavé, constituent des handicaps majeurs.

On assiste donc à un recyclage de ce forum que le pouvoir avait brandi comme l’ultime solution à sa carence de gouvernance et qu’il avait vite remisé dans les placards de l’oubli pour tenter subrepticement de le ressortir aujourd’hui. En effet, comme l’a récemment déclaré son organisateur principal, Cheick Sidy Diarra, lui aussi roulé dans la farine, le comité de suivi de la mise en œuvre des résolutions et recommandations du DNI, l’organe indépendant censé y veiller, n’a jamais vu le jour, six mois après que les rideaux soient tombés sur ce qui aura été finalement un vaste folklore et une orgie financière. De fait, le Président IBK avait pourtant averti que les attendus du forum ne lui seraient jamais opposés comme contraignants, tout autant qu’on n’assistera pas à une conférence nationale bis. On comprend que s’il ne lui coûtait pas un rotin d’annoncer un organe indépendant pour veiller à l’application de ce qui aurait été convenu au DNI, il n’a donc pas hésité à se hâter plus que lentement pour le mettre en place. En réalité, si ce n’est la contestation actuelle, IBK n’aurait jamais appliqué la moindre des résolutions de cette vaste foire d’empoignes de décembre dernier.

Et d’ailleurs, contrairement à sa vocation prétendue par le pouvoir d’IBK, le Dialogue n’a été ni national encore moins inclusif. Une frange de la nation n’y a été associée que sous la forme d’une participation rémunérée, sous l’égide de l’administration, à un forum à laquelle elle ne comprenait absolument rien. Quant à l’autre partie, plus importante, elle s’y refusera car ses desideratas n’auraient jamais été pris en compte, en dépit de son insistance à se faire entendre. La défiance se justifiait tout aussi par des termes de référence ressassant les seules préoccupations du pouvoir sclérosé, escomptant ainsi reluire son blason passablement terni. Le DNI, tant dans son processus de maturation que dans l’exécution de sa tenue, avait plutôt les allures d’un corset pour l’opposition et les voix contestatrices, parce que donc taillé à la mesure des désirs du Palais.

Les seules concessions l’ont été pour gérer les humeurs volatiles, voire frivoles des narco-djihadistes de la CMA dont la participation ne sera d’ailleurs obtenue que contre de substantiels et trébuchants subsides.

Défiance totale envers IBK

Si bien que, même nettoyé et récuré, le DNI ne saurait constituer aujourd’hui la porte de sortie pour le régime. La structure de veille, que devait être le comité de suivi de la mise en œuvre des résolutions et recommandations du DNI, n’a jamais été créée. Considérée comme organe contraignant, le régime s’était jusque-là gardé de créer et d’activer cette instance. Cette façon de traîner les pieds est caractéristique de la gouvernance d’IBK, se défilant devant les contraintes renvoyant le DNI à sa fonction première : un folklore pour amuser la galerie. D’où les regrets et l’amertume bien tardifs du principal organisateur, l’ambassadeur Cheick Sidy Diarra, qui a récemment dénoncé l’instrumentalisation dont lui-même a été l’objet en cette circonstance.

Remettre opportunément sur l’ouvrage le métier de ce Comité de pilotage relève d’une maladresse d’autant plus inopportune que le mouvement de contestation actuel, incarné par le M5-RFP ne saura y adhérer, parce que ne s’y reconnaissant pas.

Un observateur averti souligne, dans un forum d’échanges, qu’en réalité, celui qui tient le gouvernail n’a ni l’intention ni la volonté de changer de cap ! Ce qui résume la ‘’stratégie IBK’’, un président habitué plutôt à temporiser, mieux à tergiverser pour faire l’économie des solutions réelles, misant sur le temps pour vider les exigences de leur substance.

Illisibilité et absence d’alternatives

Certes comme Soumeylou Boubèye Maïga le soutient, en accord d’ailleurs avec une frange politique importante de la majorité présidentielle, il reste encore à IBK l’initiative de dissoudre l’Assemblée Nationale ainsi que ‘’sa’’ Cour Constitutionnelle, en s’appuyant sur les dispositions des articles 42 et 50 de la Constitution, relatifs à l’assemblée et aux pouvoirs discrétionnaires (sans compter que c’est… l’assemblée nationale qui devrait l’autoriser à disposer de l’article 50…).

La politique fiction, actuellement en œuvre dans différents cénacles, explique alors que le Comité de suivi de la mise en œuvre des résolutions et recommandations du DNI, organe jamais créé à ce jour faut-il le rappeler, sera ainsi érigé en Constituante, jouant le rôle législatif, avec un gouvernement reflétant les rapports de forces du landernau. En somme, le Mali entrera dans une transition de trois ans, le reste du mandat présidentiel actuel.

Toutefois, ceci se heurte à un obstacle majeur : IBK n’inspire aucune confiance. Considéré comme partie importante voire tout du problème malien, il ne saurait, aux yeux de la contestation, ni incarner encore moins constituer la solution. Celle-ci, pour l’heure, réside aux yeux de ses détracteurs dans son départ pur et simple du pouvoir. La majorité, sinon l’ensemble des composantes du M5-RFP, n’a pas été partie prenante du DNI et ne saurait accepter qu’une disposition de ce forum, à savoir l’organe indépendant, soit l’instrument législatif qui remplace l’assemblée dissoute. Ce serait reconnaître a posteriori les attendus d’une instance qu’ils ont boycottée pour cause de multiples insuffisances et qui n’a pris en compte aucune des exigences alors formulées. Par ailleurs, les résolutions du DNI ne sauraient être la feuille de route sur laquelle convenir pour achever les trois dernières années du mandat. La contestation ne s’y reconnaît pas car ses principales composantes, société civile comme formations politiques FSD ou hors FSD, en ont toujours contesté la forme et le fond.

De même, comme on a pu le constater ce mardi au Mémorial Modibo Kéita avec le lancement par Karim Kéita et ses amis de la Convergence des forces républicaines, la frange radicale de son entourage et qui détient en réalité la clé de la gestion du pays, incarnée par son fils Karim Kéita, n’entend faire la moindre concession. Pour Katio, dont on dit qu’il avait déjà élaboré la liste du futur gouvernement avant d’y surseoir sine die, la situation actuelle n’est ni plus ni moins qu’une lutte pour la survie de son système, patiemment établi sous l’ombre du père ; la populace ne saurait ébranler son édifice.

Avant donc ce vendredi 19 juin, que Dicko a assuré soutenir, bien malin qui pourrait fournir une grille de lecture cohérente de la situation malienne.

Jean-Baptiste Satono/La Révélation

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