»Entre Nous » Éviter les extrêmes !!!

Les tractations en cours pour tirer le Mali de l’impasse peinent à donner des résultats probants. Le Président de la République multiplie les audiences et rencontres informelles sans que n’en découlent de réelles propositions de sortie de crise. La rencontre du 5 juillet 2020 entre Ibrahim Boubacar Kéïta et les responsables du M5-RFP semble plutôt avoir aggravé le dialogue de sourds entre les protagonistes.
Selon le parti Yelema «cette rencontre, sollicitée par le chef de l’Etat, n’a permis aucune avancée vers la sortie de crise». «Au contraire ! En ne formulant aucune proposition concrète dans le sens de la réponse aux souhaits du Mouvement M5-RFP ou encore aux suggestions faites par la mission de la CEDEAO le 19 juin dernier, le Président IBK a envoyé un très mauvais message à ses interlocuteurs.
Le Parti YELEMA le changement invite le Chef de l’Etat à se ressaisir et à mesurer la profondeur de la crise qui fait écho à la très grande exaspération de nos compatriotes. Il portera seul la responsabilité de ce qui arrivera de fâcheux les prochains jours si des décisions courageuses et vigoureuses n’étaient pas prises dans le sens d’une réponse concrète et pertinente aux aspirations contenues dans les doléances du M5-RFP ainsi que le communiqué de la mission de la CEDEAO».
La posture adoptée par le président Kéita vis-à-vis des responsables du M5-RFP n’est pas de nature à favoriser des échanges francs et sincères. En plus de l’audience qu’il leur a accordée le 5 juillet qui a davantage radicalisé leur position, l’adresse à la nation d’avant-hier est loin d’avoir comblé les attentes.
Le Mali fait ainsi face à deux extrêmes sur fond de fracture sociale. Après l’arme ethnique, les apprentis sorciers veulent faire planer sur nos têtes les risques d’une confrontation entre les courants islamiques. Face au refus d’Ousmane Chérif Madani Haïdara de rentrer dans un tel schéma, ils ont jeté leur dévolu sur Maki Ba de l’Union des jeunes musulmans du Mali, de Chouala Bayaya Haïdara et Moufa Haïdara pour mener une sorte d’agitation.
L’option choisie par le président de la République et ses soutiens est risquée et incertaine. Le Chef de l’Etat hésite encore à intégrer les propositions faites par la Cedeao soutenue par les Nations unies, les USA, la France, l’UA et l’UE mais aussi celles du Conseil national de la Société civile concernant l’Assemblée nationale. La proposition de nomination au futur Sénat faite au collectif des députés spoliés en dit long sur la volonté présidentielle de ne pas toucher au Parlement. En faisant fi de ces propositions, qui pouvaient servir de base de discussions avec le M5 RFP et les autres composantes, le président de la République fragilise davantage sa position. IBK a-t-il raison de rejeter ces propositions ? La suite des événements nous édifiera. Toujours est-il que dans ce genre de situation, la sagesse requiert de relativiser le soutien que l’on peut espérer de l’Armée et de la Communauté internationale : leur position évolue en fonction des rapports de forces !!!!
Le président IBK ne mesure pas encore le degré du mécontentement au sein de la population et semble afficher un mépris souverain envers les responsables du M5-RFP, un regroupement hétéroclite constitué majoritairement de ses anciens alliés. Les responsables du M5-RFP doivent renoncer à recourir à la violence et gagneraient mieux à imaginer rapidement d’autres stratégies de lutte au-delà de la désobéissance civile afin que la contestation ne s’étiole pas. Ils doivent être en mesure d’éviter les pièges qui peuvent discréditer leur lutte auprès de l’opinion publique nationale.
Les chiens de garde le déconseilleront-ils de recourir à la répression sanglante des manifestations pacifiques ? Les officiers résisteront-ils aux velléités des faucons du régime pour ne pas répondre un jour de leurs dérives devant les juridictions nationales, voire internationales ?
Que les deux camps sortent rapidement des extrêmes ! Il y a encore de la place pour le dialogue. L’orgueil, l’arrogance et l’indifférence sont des mauvais conseillers en période de crise.

Chiaka Doumbia/Le Challenger

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