Mali: Transition : Pourquoi le M5 ne peut représenter le peuple malien

Ce n’est pas parce que le M5 dit que le soleil est à l’est que je défendrai le contraire. Même une horloge arrêtée donne l’heure deux fois par jour. Qui mieux que ceux qui ont aidé IBK à remporter les élections pour ensuite l’accompagner dans la descente aux enfers du Mali, pendant qu’ils s’enrichissaient, savent qu’IBK était impotent et incapable ? Point n’était besoin d’être une lumière pour savoir qu’IBK était la personnification de tout ce qu’il y a eu de mauvais dans la gestion du Mali indépendant. Il est coupable de tout sauf d’avoir été un dictateur et cela parce qu’il ne le pouvait pas.

Ce qu’il faut réaliser c’est que les politiciens qui ont accompagné IBK dès 2013 étaient soit ignorants et naïfs en politique ou malhonnêtes. Le parcours et la vie de l’homme étaient publics et montraient à suffisance qu’il conduirait infailliblement le Mali au chaos. Ainsi donc, après s’être engraissés à ses côtés, mais pas rassasiés, les politiciens qu’il a débarqués de la mangeoire se sont rapidement constitués en opposition politique.

Cependant, les scores ridicules qu’ils ont obtenus aux présidentielles passées et même aux législatives décriées de 2020 (il ne faut pas oublier que ce ne sont pas les partis de Choguel, Mountaga, Bathily, Bittar, Modibo Sidibé et consorts qui sont victimes de l’infâme Manassa) leur ont fait comprendre que les urnes ne leur seront jamais favorables.

Même en cas d’élection aujourd’hui, ils mordront la poussière. La seule voie de survie politique, pardon financière, pour eux, est de s’accaparer l’appareil d’Etat à la faveur d’une insurrection populaire. C’est pour cela qu’ils prétendent être les seuls à accéder aux premières places de la transition, à incarner le changement.

Oui de nombreux Maliens ont clamé avec le M5 que le régime de IBK est vermoulu, pourri jusqu’à l’os. Mais ils n’ont pas dit que le M5 a le remède au mal qu’il a dénoncé. Qui d’ailleurs constituent ce fameux M5 ? Les islamistes déguisés de la CMAS, mettant en avant des hommes politiques décriés pour s’accaparer le pouvoir au moment opportun.

On peut accuser Dicko de tout sauf de ne pas être intelligent et immergé dans la société malienne. On ne peut pas non plus l’accuser d’indécence selon les standards moraux de la société malienne ; ce dont peu de politiciens qui l’accompagnent peuvent se prévaloir. En plus de la CMAS, il y a des politiciens qui ont brouté à tous les râteliers, Choguel Maïga, Modibo Sidibé, Mme Sy Kadiatou Sow, Bittar, etc. Mais aussi il faut le reconnaître quelques intellectuels de bonne foi, déboussolés, qui en désespoir de cause se sont accrochés à la première branche à leur portée comme une personne se noyant serait prête à s’accrocher à la gueule d’un crocodile pour échapper à la noyade.

Prenons Choguel par exemple. L’homme qui s’est sucré sur le dos de l’AMRTP en faisant des dépôts à terme rémunérés dans les banques maliennes avec l’argent du peuple. L’homme qui fit abriter dans ses villas construites l’argent détourné du peuple des services du département du commerce qu’il dirigeait. C’est lui en tant que ministre qui fixait le loyer qu’il percevait en tant que particulier !

Mais ce qu’il y a de pire, c’est que pendant tout le temps qu’il était dans les gouvernements d’ATT, la SOTELMA, son employeur avant qu’il ne devienne ministre pendant plus de 10 ans, végétait à cause de la politique criminelle et antipatriotique des télécommunications entamé sous Alpha O. Konaré et poursuivie diligemment avec ATT.

Si la Sotelma et Ikatel avaient été dans des situations financières inverses, ce qui était possible, car presque partout en Afrique il y a eu d’abord le renforcement de l’opérateur historique avant la libéralisation du secteur, le Mali aurait eu à ce jour suffisamment de ressources pour construire plusieurs barrages hydro-électriques. Rien que ça !  

Il fut un temps où les rugissements du tigre faisaient peur à ceux qui ayant collaboré de bout en bout avec l’UDPM, ont tout renié à la vingt cinquième heure et débarqué avec armes et bagages à l’ADEMA. Pendant dix ans, le MPR de Choguel a participé à la gestion du pouvoir avec ATT, consacrant ainsi le retour en grande pompe de l’ex-UDPM dans le champ politique malien.

La gestion politique de l’ADEMA avait été si calamiteuse que ce qui était impensable en 1991, la résurrection de l’UDPM même sous une autre forme, vit jour et avec légitimité. Aux côtés d’ATT, le MPR obtint 8 députés en 2007, son meilleur score historique, puis trois en 2013, après qu’il a décidé de soutenir IBK au second tour de la présidentielle. Mais pour des raisons politico-financières, le MPR rompit avec IBK après trois ans de compagnonnage.

Après les résultats peu flatteurs de la présidentielle de 2018, les législatives passées étaient un test de survie du parti et les résultats furent sans appel. Le MPR est en réanimation dans un état dramatique : un seul député élu. Le parti ayant rempli sa mission historique, qui était de réhabiliter au moins en partie l’héritage de l’UDPM, tâche dans laquelle les «démocrates» l’ont beaucoup aidé par leur incurie et leur appétit jamais satisfait de la chose publique, il faut croire qu’il n’y a plus grand monde pour s’occuper du MPR.

Le groupe politique dont le MPR était l’expression est dans un âge très avancé pour la plupart. La nature politique du MPR lui barrait l’accès au renouvellement. Son odyssée s’achève. Tout ce qui reste à Choguel, c’est le chaos et la confusion pour continuer à tirer les marrons du feu.

Abdoulaye Shaka Bagayogo, économiste/L’Oeil du Mali

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