Crises sanitaire, sécuritaire et sociopolitique:Le secteur touristique malien frappé de plein fouet

Le secteur du tourisme est frappé de plein fouet par la crise multidimensionnelle qui secoue le Mali depuis 2012. La pandémie de la Covid 19 est venue en ajouter aux difficultés d’un secteur déjà fragile. L’Agence pour la Promotion du Tourisme au Mali, conformément à sa mission, s’attèle à promouvoir la destination touristique du Mali. L’ Agence de Promotion Touristique du Mali ”MALI TOURISME”- sous la houlette de son directeur général, Sidy Keïta, un jeune cadre compétent, travaille d’arrache-pied pour mieux vendre la destination Mali en dépit des difficultés. Le premier responsable de ”MALI TOURISME” est optimiste et compte carburer pour maintenir le cap. Sidy Keïta analyse les impacts des crises sur le secteur touristique, évoque quelques mesures de la part du gouvernement afin d’en atténuer les effets pervers et fonde beaucoup d’espoir sur la promotion du tourisme domestique.

Monsieur le Directeur général, comment est née l’Agence de Promotion Touristique du Mali ?
L’Agence de promotion touristique du Mali est née de la restructuration de l’ex-Office malienne du tourisme et de l’hôtellerie. Elle joue principalement le rôle d’organisme de gestion la destination touristique Mali. Elle a pour mission principale la promotion de la « destination Mali ». A ce titre, elle initie des actions promotionnelles tant au niveau national qu’à l’international pour promouvoir l’offre touristique du Mali. L’Agence de Promotion Touristique du Mali accompagne également les initiatives de valorisation de l’offre touristique au niveau national et appuie les actions de renforcement de capacités telles que des formations à l’intention des intermédiaires de voyages et les réceptifs( agences de voyages, guides de tourisme, personnels travaillants dans les établissements d’hébergement et de restauration etc..)

Que représente le secteur touristique au Mali ?
Il y a de cela dix ans, le tourisme représentait près de trois pourcent (3%) du PIB national. Mais comme vous le savez, ça fait pratiquement près de 10 ans que le tourisme malien est confronté à des problèmes sécuritaires. Cette situation a eu des répercutions assez négatives sur l’activité touristique. Les dernières statistiques publiées par l’Institut National de la Statistique du Mali accordaient moins de 1%.

Quel est l’apport du tourisme à l’économie au Mali ?
Il y a dix ans, l’apport du secteur touristique à la formation du PIB était très intéressant comme je l’ai précédemment rappelé. Nous étions à plus de 12.000 emplois directs créés et sachant que dans le secteur du tourisme un emploi direct créé est égal à trois emplois indirects. Chaque année, on avait une moyenne de 1000 emplois directs crées dans le secteur du tourisme. A côté des entreprises formelles, gravitaient de nombreuses activités génératrices de revenus directement liées à l’activité touristique et qui employaient à son tour des milliers de personnes
( hommes, femmes, enfants).
En faisant le calcul, on se rend compte que le tourisme était vraiment le principal moteur en termes de réduction de la pauvreté et du chômage. Avec la crise sécuritaire, nous avons assisté à des suppressions d’emplois à grande échelle. Récemment, on a plus de 5.000 emplois supprimés. Ce sont des situations qui ont affecté drastiquement l’activité touristique.
À la date d’aujourd’hui, tous les indicateurs de performance sont dans le rouge..
Maintenant, est-ce qu’on doit croiser les bras et ne rien faire ? Non. En réalité, ce n’est pas ça la question. Il s’agit de faire en sorte que nous puissions rebondir. Comment faire en sorte que nous puissions relancer durablement l’activité touristique qui est actuellement confrontée à une crise multidimensionnelle ? Il y a la crise sécuritaire, la crise sanitaire et également la crise politique qui est venue se greffer à tout.
Compte tenu de tout cela nous avons jugé nécessaire, en rapport avec le secteur privé, d’engager des réflexions pour faire en sorte que nous puissions donner un nouveau souffle à notre secteur. Et c’est ce qui nous a amenés aussi à prendre en compte certaines orientations en termes de développement du tourisme domestique. Comment faire en sorte que lorsque le flux international s’estompe, nous puissions faire tirer l’économie touristique par la clientèle nationale ? Ce sont des actions sur lesquelles nous travaillons actuellement. Ces actions portent non seulement sur la mise en place de nouveaux produits attractifs pour la clientèle nationale, mais aussi sur l’information et la sensibilisation du public malien à aller redécouvrir le Mali.

Vous avez parlé de tourisme domestique, c’est quoi au juste ?
Le tourisme domestique, connu aussi sous le vocable tourisme interne représente la mobilité touristique des nationaux dans les limites géographiques du pays. Autrement dit les pratiques, les voyages, les séjours touristiques effectués par les résidents nationaux à l’intérieur du Mali. Par résidents nationaux, il faut entendre non seulement les personnes de nationalité malienne mais aussi des étrangers résidants au Mali. La clientèle nationale a été longtemps ignorée et à tort par l’industrie touristique au Mali.

Concrètement, qu’est-ce que l’Etat a fait pour minimiser les conséquences de la crise multidimensionnelle qui a frappé le secteur du tourisme ?
Il faut reconnaitre que les réponses politiques jusqu’ici apportées n’ont pas eu les résultats escomptés compte tenu de l’ampleur de la crise. Il faut un véritable plan de relance du secteur. Le principal défi à ce jour constitue la pacification de l’ensemble du territoire national.
Au nombre des mesures prises par l’Etat pour accompagner le secteur du tourisme, on peut citer entre autres :
-la mise en place d’un moratoire pour le paiement des arriérées des factures d’eau et d’électricité ;
-l’intermédiation entre les entreprises touristiques et les banques pour le remboursement des prêts bancaires ;
Dans le cadre des mesures de riposte face à la Covid 19, le gouvernement de la République du Mali a pris des mesures d’accompagnement. Ainsi par lettre n°2020-01671/MEF-SG du 28 avril 2020, le Ministre de l’économie et des finances donnait certaines directives relatives en matière de fiscalité intérieure pour soutenir les entreprises. Ces mesures ont concerné
-l’exonération de la TVA sur les factures d’eau et d’électricité avril -juin 2020 ;
-des remises d’impôt au cas par cas et secteur par secteur.

L’année 2020 est marquée par la crise sanitaire mondiale de la Covid-19, quel est son impact sur le secteur touristique et hôtelier au Mali ?
2020 est une situation catastrophique. Les mesures prises à plusieurs niveaux pour enrailler la propagation de la pandémie touchaient de plein fouet l’activité touristique. Les mesures de fermeture des frontières terrestres et aériennes, d’interdiction de regroupement au-delà de 50 personnes, de couvre-feu etc, ont affecté une certaine catégorie d’entreprises. Toutes ces mesures ont eu des impacts négatifs sur l’activité touristique. Vous n’êtes pas sans savoir qu’à longueur de journée, il y a des mouvements au niveau des établissements hôteliers.
Par rapport aux suppressions d’emplois, le dernier cas médiatisé est celui de l’hôtel de l’Amitié avec plus d’une centaine d’emplois ménacés. Nous avons de nombreuses entreprises hôtelières qui ont malheureusement été contraintes de mettre une partie du personnel en chômage technique.
L’Agence de Promotion Touristique au Mali à son tour connait des difficultés financières parce que nos ressources proviennent principalement des taxes sur les billets d’avion, les taxes de séjour dans les établissements hôteliers. Ça fait pratiquement plus de 5 mois qu’il n’y a pas eu de mouvement. On s’attend à une baisse drastique en termes de mobilisation de ressources financières pour l’exercice 2020.

Vous avez un message à l’endroit de vos partenaires ?
Le seul message, c’est de rester serein. Nous ne sommes pas seuls. Il y a beaucoup de pays qui connaissent les mêmes difficultés. Le Mali a un avantage certain, c’est sa capacité de résilience. Les opérateurs du secteur privé et les acteurs publics doivent travailler main dans la main pour pouvoir apporter des réponses appropriées aux problèmes actuels. Nous esperons que la transition qui s’annonce posera les bases nécessaires au redémarrage économique de notre pays. Il faut une forte volonté politique pour faire de notre secteur un levier de notre économie.

Entretien réalisé par Drissa Togola/Le Challenger

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