C’est à la faveur d’une conférence –débat sous la thématique : « l’Energie au cœur du Mali Kura Nyètaa sira 2063 San : Transformer la crise Energétique actuelle en Moteur de Croissance, d’Investissement, de Bien-Être et de Souveraineté », que le conférencier a tenu les participants en haleine, dans l’après-midi du samedi 4 avril 2026, à la Cité du Niger.
La Maison Russe, sise à la Cité du Niger, a servi de cadre à cette rencontre sur le défi énergétique dans notre pays. Principal animateur Ibrahim Togola, titulaire d’un Doctorat PhD en Energétique et Energies renouvelables. Egalement, ingénieur-économiste, il a à son actif plus de 20 ans d’expérience à l’international.
Dr Togola a mis en parallèle le scénario énergétique actuel et celui en perspective. Il s’est prononcé sur ce qui peut se passer si l’on changeait de paradigme. Il a expliqué comment d’autres pays ont tiré leur épingle du jeu. Pour lui, le défi énergétique est structurel. La crise énergétique que nous vivons est sans précédent. Comment la transformer en opportunités ? Voilà le sens de son combat ?
A ses yeux, sans maîtrise de son approvisionnement énergétique, aucun pays ne peut se développer. Car l’économie, selon ses termes, c’est l’énergie transformée ! Or sur ce registre, le Mali cultive plutôt un paradoxe: il possède l’un des potentiels les plus riches d’Afrique de l’Ouest. Il est traversé par le fleuve Sénégal et le fleuve Niger et exposé à un rayonnement solaire de 6 kilowatts heures/jour. Malgré un si fort potentiel, pas de moins 62% de son électricité sont fournis à partir de combustibles fossiles importés ! plus grave, chaque KWH thermique représente des devises qui quittent le pays, déplore Dr Togola.
Sur 1150 MW Hydro-électricité, a-t-il expliqué, seulement 250 MW sont développés (22%). Le pays peut tirer 300 MW de la Biomasse, résidus de coton et d’arachide brûlés. Des millions de tonnes sont non valorisés/an. C’est 5 – 6 KWH/m2 /jour alors que le Mali dispose d’un potentiel quasi illimité en énergie solaire. Sans oublier le très fort potentiel en énergie éolienne au Sahel occidental et dans le septentrion malien.
Changer de paradigme pour sortir de la dictature de l’urgence
A l’entendre, les contraintes auxquelles nous faisons face sont entre autres : le besoin énergétique au Mali qui croît de 10% annuellement contre un taux de démographique de 3%. Aussi préconise-t-il le changement de paradigme pour sortir de la dictature de l’urgence énergétique. Nous pouvons nous inspirer de l’exemple d’autres pays ayant connu une crise énergétique similaire, comme le Maroc, l’Ethiopie et l’Egypte. Heureusement, ils sont parvenus à renverser la vapeur. « Grâce au solaire le Maroc et l’Egypte produisent avec le système de gouttes à gouttes quantité de tonnes de fruits, à l’instar de l’orange et de la banane en direction de l’Afrique subsaharienne les 12 mois de l’année ».
De la crise à l’Opportunité : le Pivot en énergie renouvelable
Pour lui, nous sommes les témoins oculaires d’une importation massive d’hydrocarbures, d’une fuite de devises. D’où moins de ressources pour la Défense, la Santé et l’Education. « Les délestages chroniques s’enchaînent. Du coup, notre industrie est non compétitive. Ce qui engendre le chômage, l’insécurité sociale et économique. Le coût de production du courant est supérieur au tarif de vente au sein de l’EDM. Celle-ci est sous perfusion d’Etat (3%PIB). Le modèle est structurellement insoutenable ».
EDM est structurellement déficitaire, les subventions consomment les ressources vitales. La capacité installée pour les 22 millions d’habitants est de 700 MW, +10% /année de croissance demandée. L’offre est très insuffisante. La subvention EDM est insoutenable, en 2022 : 3% du PIB.
En cas de Scenario Statu quo, où serons-nous ?
Si la dépendance aux hydrocarbures continue (demande +10% ; démographie +3%), dans 10 ans en 2035, la crise sera profonde, dans 20 ans, en 2045 la crise sera systémique, prévient le panéliste.
De l’avis de cet expert, l’énergie renouvelable n’est pas un luxe. C’est la condition de la souveraineté du Mali. Aux décideurs, il demande d’adopter en 2026 la Loi-cadre Energies renouvelables nationales, créer le Fonds Energie Souverain (5 – 10% recettes minières) institutionnaliser Yeelen Kura par la loi constitutionnelle. Aux financiers, il demande de structurer les produits de crédit solaire accessibles, de s’appuyer sur les tontines et la microfinance existante, d’émettre des obligations vertes ciblant la diaspora. A la jeunesse, il demande de se former aux métiers de l’énergie renouvelable, de créer des entreprises locales d’installation et de maintenance-chaque technicien formé égale un emploi non délocalisé.
Méthodique et soigneux, Dr Ibrahim Togola anima le débat en ayant recours aux tableaux, aux graphiques à secteurs, à courbes, à barres, à aires.
Mohamed Koné
