Porté en terre le vendredi 10 avril 2026 en début d’après-midi au cimetière de Hamdallaye, Cissé Mahamane Hamèye goutte, enfin, au repos. Il est parti la veille, là où chacun doit aller un jour où l’autre, avec la conscience tranquille de celui qui, riche de ses incommensurables ressources humaines, s’est acquitté sans réserve de toutes ses obligations envers les siens, sa corporation, son prochain tout court.Pendant des décennies, le chef des arthropodes a utilisé son précieux dard, non pas pour faire du mal en piquant et inoculant le venin, mais juste pour informer, éclairer, guider, pousser à l’action bienfaisante. Le responsable de média qu’il était s’est investi sans réserve à l’organisation de tous les événements majeurs de la corporation, il a collaboré à la rédaction des textes fondateurs de bien d’institutions nationales, africaines et internationales de la presse, de Bamako à Johannesburg en passant par Dakar, Ouaga, Abidjan etc. Le combattant des bonnes causes a pris le micro à tous les grands rendez-vous où la défense des intérêts de la presse nécessitait sa présence, sur le continent et hors du continent et même au-delà du vaste univers francophone. Au delà du landerneau médiatique et du monde de la communication Mahamane Hamèye Cissé est un acteur majeur de l’avènement et de la consolidation de la démocratie dans notre pays. C’est dire que, en plus de sa famille biologique et professionnelle, MHC est aujourd’hui pleuré par tous ceux qui l’ont côtoyé et connu. Tout en présentant nos condoléances les plus attristées à sa famille nous rendons, en publiant les quelques témoignages qui suivent, hommage à ce monument de notre corporation
« Il présidait le Comité scientifique du FOPAME »
La Maison de la Presse a tenu à rendre un hommage appuyé à ce grand Baobab de notre corporation, sans doute l’un des meilleurs d’entre nous qui a consacré toute sa vie, jusqu’aux derniers instants, à la défense et à l’épanouissement des médias maliens. « Signe de son engagement sans faille, le doyen Mahamane H. Cissé était le président du Comité scientifique de la commission d’organisation du Forum Panafricain des Médias prévu du 03 au 10 mai 2026. Sa disparition constitue une perte énorme pour la famille des médias et pour le pays. En cette douloureuse circonstance, le comité de pilotage de la Maison de Presse présente ses condoléances les plus attristées à la famille du défunt et prie pour le repos éternel de son âme », souligne la Maison de la presse.
« Sa disparition laisse un vide immense »
Selon l’Union Nationale des Journalistes du Mali (UNAJOM) et l’ASSEP, « le doyen Mahamane H. Cissé, a consacré sa vie à la promotion et à la protection de la liberté de la presse. Son engagement sans faille, sa rigueur et son sens élevé du devoir ont profondément marqué plusieurs générations de journalistes et d’éditeurs jusqu’à son dernier souffle. Sa disparition laisse un vide immense au sein de la famille des médias ».
« Il était une véritable source d’inspiration »
La haute Autorité de la Communication et l’URTEL saluent la mémoire d’un « journaliste professionnel au sens propre du mot, une icône connue pour sa rigueur, sa conviction et surtout son dévouement pour la cause de la profession, un repère, une véritable source d’inspiration ».
« Il a œuvré au rayonnement de la presse malienne »
« S’est éteint un grand monsieur qui a œuvré pour l’avènement et le rayonnement de la presse malienne et en y consacrant toute sa vie et jusqu’au dernier instant. Un monsieur de conviction et de dévouement qui a sans relâche été présent pour un journalisme professionnel», souligne l’Association des Chaînes Conventionnées et Editrices de Services (ACCES).
Adieu, délicieux frangin!
Je présente mes condoléances attristées à la famille de Hameye, à la profession et à tous ses proches.
Un homme aux convictions solidement ancrées ;
Un intellectuel infalsifiable, tenace et généreux ;
un confrère à la rigueur professionnelle intransigeante ; un militant humaniste et un preux chevalier à la plume juste et acérée.
Adieu, délicieux frangin!
Amputés de la richesse de tes réflexions sages et pénétrantes, ceux qui te survivent ne t’oublieront pas.
« Ce que nous avons fait pour nous-mêmes meurt avec nous. Ce que nous avons fait pour les autres et pour le monde reste et demeure immortel. » [Albert Pike]
Diomansi Bomboté
« Dernière image du meilleur d’entre nous…. »
Hier mercredi seulement nous avons passé la moitié de la matinée dans la petite salle de réunion de la Maison de la Presse, en train de cogiter sur la bonne organisation du Forum Panafricain des Médias (FOPAME). A l’ordre du jour : examen d’une dizaine de Termes de référence élaborés par le comité scientifique (pour dire vrai: élaborés par les Doyens Hamèye et Sadou). Des TDR portant sur une dizaine d’activités relatives à des panels, tables rondes et conférences. Qui ont convaincu tout le monde par leur pertinence et la qualité de leur rédaction. Dans mes prises de parole quand je demandais de saluer le travail du » Haut » comité scientifique, tu rétorquais » non pas haut, mais comité tout court »…. C’était ça le Doyen Hamèye, l’humilité, la modestie, la courtoisie et la serviabilité. La nouvelle de ta disparition a frappé comme un éclair, brutal et irréel. Toi, la voix douce, l’esprit lucide, le regard brillant sous ton chapeau favori Stetson n’a jamais gâté » le business » de quelqu’un . Ni l’âge, ni le poids de la maladie, n’ont été des alibis pour toi de te retirer des questions du devenir de la Presse malienne. Pour preuve, tel un dernier accompagnement à la génération actuelle des dirigeants de cette Presse, tu étais de la délégation ayant été reçue ce matin par le Ministre de l’intégration africaine. Je me rappelle une recommandation phare de toi lors de la dernière réunion de la Coordination du FOPAME : » il faut prévoir un déjeuner avec une autorité à l’honneur de nos amis experts qui viendront de l’étranger » fin de citation et fin d’un grand homme, le plus grand que nous les jeunes patrons de presse n’avons jamais vu de pareil dans le microcosme médiatique malien.
Tu étais bien plus qu’un journaliste. Tu étais un témoin de ton époque, un éclaireur dans l’obscurité, un artisan infatigable du combat de la liberté d’expression au Mali. Nous n’oublierons jamais ta ténacité malgré la Prison dans l’affaire » Maîtresse du Président « , tes retouches à tous les textes qui régissent les associations et organisations de la Presse locale et tes contributions lors des sessions de formation et autres grandes rencontres nationales et internationales des médias.
Aujourd’hui, le vide que tu laisses est immense. Mais ton héritage, lui, continuera de vivre : dans les consciences éveillées, dans les vocations inspirées, dans chaque mot écrit avec honnêteté et passion. Dors en Paix Doyen Hamèye Cissé, nous tiendrons le flambeau en attendant notre tour de le remettre à d’autres.
Ton fils Moustapha Diawara
« Avec ton départ, le business devient plus compliqué dè ! »
Doyen… c’est en cette heure douloureuse que se révèle toute l’ampleur du vide que tu laisses.
Le chemin, désormais, paraît incertain et semé d’épreuves sans ta présence éclairante.
Et comme tu aimais si souvent à le dire avec lucidité et justesse, « le business est compliqué »… oui, il l’est plus que jamais aujourd’hui, depuis que tu n’es plus là pour nous éclairer.
Qui saura, à présent, nous guider avec la sagesse et la hauteur d’esprit qui étaient tiennes ? Qui nous prodiguera ces conseils empreints de bienveillance et d’exigence ?
Qui se tiendra aux côtés de ton fidèle compagnon Sadou Yattara pour poursuivre ce combat qui vous était si cher ? Qui insufflera vie et profondeur aux panels que tu évoquais avec tant de talent ? Qui, enfin, portera haut la flamme pour inspirer et encourager la jeune génération de journalistes à défendre l’idéal et l’honneur de notre noble profession ?
Comme l’a si justement exprimé Moustapha Diawara hier, l’on ne mesure trop souvent la valeur d’un homme qu’à l’aune de son absence.
Mais au-delà de cette vérité, une certitude demeure : tu as marqué de ton empreinte toute une génération. Cette empreinte, elle, ne saurait s’effacer.
Repose en paix, Doyen.
Ton héritage continuera de vivre, vibrant et intact, à travers chacun de nous.
Ton jeune Segal Abdramane Doucouré
« Le dernier envol de l’éternel « Scorpion » »
Fondateur du célèbre journal satirique Le Scorpion, Mahamane Hameye Cissé n’était pas seulement un patron de presse, il était tout simplement une institution.
Malgré une santé devenue précaire ces derniers temps, celui que certains surnommaient affectueusement le « gombotier » n’a jamais déserté le front. Jusqu’à son dernier souffle, il a continué d’apporter sa pierre à l’édification d’une presse nationale qu’il voulait viable, crédible et profondément libre.
À travers les colonnes du Scorpion, il avait su imposer un style unique à savoir un mélange de rigueur journalistique et d’engagement citoyen, le tout pimenté par cette satire qui permet de dire les vérités les plus crues avec la force de l’esprit.
Lamine Diallo, ton confrère et ‘’dogo’’ turbulent.
Cissé n’a pas vécu inutile

Heureusement qu’il y a eu des témoignages avant moi. Heureusement qu’il y a eu l’expression de beaucoup de sincérité avant moi. Sinon mon témoignage aurait été suspecté de complaisance au regard de mes liens avec Cissé. Cissé est d’abord un frère. Nous sommes de la même famille et nous avons grandi ensemble à Gao. Cissé est ensuite devenu mon beau-frère. Il a épousé ma petite sœur, ma jeune soeur. Cissé est enfin, un confrère. Quelle que soit la facette que je privilégierais, il y a de la matière, il y a à dire et à redire.
Tous les témoignages se rejoignent, unanimement : Cissé était quelqu’un de bien , Cissé était entier, Cissé était humble, Cissé était disponible, Cissé était le Cissé de tout le monde, il était le Cissé pour tout un chacun. Parler de Cissé ressemble à une gageure. Mais puisqu’il faut parler, allons-y.
Je me rappelle, comme si c’était hier, ce jour du mois de 1991, il débarque à la maison et me tend des papiers : « Algayta, c’est toi le journaliste. J’ai décidé de créer un journal. Jette un oeil sur les articles que j’ai écrits et corrige les ». On peut difficilement faire plus humble. Et depuis, ce fut un rituel. Quand, pris par les contraintes de temps, il lui était « compliqué » de me solliciter, il tenait à ce que je donne mon avis sur le journal imprimé. Venu à la presse par passion, Cissé n’a pas choisi le chemin le plus facile dans la mesure où il a décidé de faire un journal satirique, Le Scorpion. Mais l’amour de Cissé pour la presse va au-delà son seul journal. Il s’est investi à connaître la législation et la réglementation. Non seulement il connaissait les textes mais il les a faits. Il n’existe aucun texte sur la presse, au Mali et ailleurs, qui ne porte son empreinte. Il était recherché. Il était invité partout, chacun le voulant dans son séminaire, dans ses formations, dans ses panels.
Cissé était d’une disponibilité proverbiale. Quand il s’agit de la presse, il est capable de pousser son engagement jusqu’à ôter sa chemise pour se mettre à l’aise et mieux rédiger. Il s’entendait avec tout le monde, cadets comme aînés. Il avait toujours cette soif d’apprendre et de partager. D’où la facilité pour lui de jouer les casques bleus. Quand les situations deviennent tendues, c’est sur lui qu’on compte pour désamorcer la bombe et deminer complètement le terrain.
Cissé est parti répondre à l’appel de Dieu. Nous ne le verrons plus avec son chapeaul et sa canne. Nous ne le pleurons pas. Il mérite d’être célébré. Il mérite le Janjo lui le grand amateur de la musique mandingue. J’ai une pensée très émue à Sadou Yattara, son compagnon de tous les jours et de tous les moments.
Puisqu’il faut terminer, je vais émettre un souhait : que la Maison de la presse porte le nom de Mahamane Hamèye Cissé. Il n’a pas vécu inutile.
Tiégoum Boubèye Maïga
Pionnier et Concentré de la Renaissance de la Presse privée
Dardosage… vous ne trouverez certainement pas ce mot dans un dictionnaire.
Cependant il existe désormais dans le lexique journalistique et médiatique du P MM (paysage médiatique malien.)Le géniteur de ce mot c’est Mahamane Hameye Cissé .La conception et la mise à disposition du public en passant par le micro milieu des médias furent assurées par le journal satirique Le Scorpion.
Hameye Cissé fondateur et Directeur de publication du Scorpion a répondu au Dernier Appel du Juste de l’Omniscient de L’Éternel.
Bon Voyage Hameye Qu’Allah l’Éternel t’accueille en son Paradis Éternel.
Hameye Cissé c’est le Concentré de la Renaissance de la Presse privée au Mali des années 1990. Pas seulement au Mali dans l’espace francophone, en Afrique également. Pour paraphraser une publicité célèbre depuis ces années 1990, jusqu’à son dernier souffle ce jour fatidique du jeudi 9 Avril 2026 , la presse ? « Pas un pas sans Hameye ».
Tous les textes sur la presse malienne et d’autres pays africains, portent le sceau indélébile de Hameye.
Au moment où le Scorpion range définitivement son dard, dépose l’arc et le carquois, avec ce départ de Madou Dard, il nous reste l’historien du présent, le sociologue de l’actualité le journaliste donc, mais également doublé de juriste chevronné, l’orfèvre qui n’hésitait pas à redresser l’architecture des textes parfois trop volontaristes des journalistes, mais qui avait les moyens intellectuels et le vocabulaire approprié pour parler aux juristes. L’héritage est riche immensément riche Le lampion continuera d’éclairer de mille scintillements le PMM. Mais alors quelle Résilience « Monsieur Hameye » ! comme je me plaisais à l’appeler.
Avec l’acharnement d’un scorpion il arpentait encore il y’a quelques heures les couloirs de la Maison de la presse, ravalait les marches de l’escalier béquille dans sa main gauche, le bras droit tenu par un confrère pour servir la presse et encore la presse, le Mali. à travers l’organisation du prochain Forum International sur les Médias. Bien Oui, la Présidence du Comité scientifique de ce Forum lui allait comme des gants. En si peu de temps il a créé une dynamique de groupe implacable et les résultats sont là Alors pouvait-on imaginer qu’ à seulement trois coudées et deux cordées se tenait la Grande Faucheuse attendant la chiquenaude de notre Maitre Absolu ?
Nous te souhaitons un agréable voyage et que le Paradis soit ta destination finale.
Repos Éternel Monsieur Hameye
Adieu Madou Dard.
Dr.Sidiki Nfa Konaté
Décès de Hamèye Mahamane Cissé : Le Forum des Éditeurs africains rend Hommage à un de ses piliers
Il y a ceux qui passent par le journalisme et ceux qui en deviennent l’ossature morale. Hamèye Mahamane Cissé appartenait à cette seconde catégorie. Sa vie ne s’est pas simplement croisée avec le journalisme africain. Elle l’a aidé à le définir.
Nous sommes bouleversés par sa disparition. L’Afrique a perdu une voix majeure, un homme dont le courage, la clarté et l’engagement pour la vérité ont façonné non seulement des récits, mais les conditions mêmes dans lesquelles ces récits peuvent exister. À travers le continent, de Bamako à Nairobi, de Dakar à Johannesburg, les témoignages se rejoignent. Il a tenu bon quand cela comptait. Il a parlé quand le silence aurait été plus sûr. Et il a donné, sans compter, à une profession qui ne pourra jamais lui rendre entièrement ce qu’il lui doit.
Comme le rappelle Mathatha Tsedu, c’est dans des moments comme celui-ci que l’importance du Forum des éditeurs africains (TAEF) apparaît avec force. Beaucoup d’entre nous ont connu Hamèye grâce au TAEF. Nous avons travaillé avec lui en son sein. Nous avons débattu, construit et rêvé à ses côtés. Et aujourd’hui, alors que nous ressentons profondément son absence, c’est cette même communauté qui nous permet de faire notre deuil, de partager la douleur et de trouver du réconfort dans les mots des uns et des autres.
Une pierre angulaire du TAEF
Des premiers jours à Johannesburg, à la construction des Hameye n’était pas seulement présent au TAEF. Il en était une pierre angulaire. Des premiers jours à Johannesburg, à la construction des structures régionales en Afrique de l’Ouest, jusqu’au travail long et exigeant de consolidation d’une voix continentale des éditeurs, il était là. Non pas comme un simple participant, mais comme un bâtisseur. Un combattant. Une constante.
Il traduisait les idées en actes, au sens propre comme au figuré, allant jusqu’à traduire la constitution du TAEF en français pour en partager la vision au-delà des barrières linguistiques. Il répondait toujours présent. Même lorsque sa santé déclinait, même après son AVC, il se rendait aux réunions, s’appuyant sur sa canne, pour être retrouvé quelques heures plus tard sur la piste de danse lors des galas de Highway Africa, puis le lendemain matin en salle de conférence, défendant ses positions avec force. C’était cela, Hameye. Peut-être affaibli dans le corps, mais inébranlable dans l’esprit.
Il croyait en l’organisation parce qu’il croyait en ce qu’elle représentait. Un média africain plus fort et indépendant. Un journalisme redevable aux citoyens, et non au pouvoir. Un continent qui raconte ses propres histoires, selon ses propres termes.
Acteur de la construction d’institutions médiatiques régionales et continentales
Toute sa vie a incarné cette conviction. Comme le souligne l’hommage publié par Africa Mirror, il faisait partie de ces rares journalistes qui ne se contentent pas de couvrir l’histoire, mais qui la deviennent. De ses années à Le Scorpion au Mali, où il choisissait la clarté plutôt que le confort dans un environnement hostile à la vérité, à son rôle dans la construction d’institutions médiatiques régionales et continentales, Hameye est resté fidèle à un principe simple : le journalisme est un devoir, pas une carrière.
Il était aussi, fondamentalement, un trait d’union. Entre les générations. Entre les régions. Entre les périodes de crise et les espoirs fragiles qui les suivent. Lorsque les coups d’État ont secoué la région, lorsque la liberté de la presse a été mise à rude épreuve, lorsque des confrères ont été menacés ou réduits au silence, Hamèye ne s’est jamais retiré. Il organisait, documentait, résistait. Il nommait les faits et insistait pour qu’ils soient consignés, car il savait que la mémoire est elle-même une forme de résistance.
Chaleureux. Généreux. Profondément humain
Ceux qui l’ont côtoyé se souviennent non seulement du militant, mais de l’homme. Chaleureux. Généreux. Profondément humain. De ceux qui vous accueillent avec simplicité, partagent ce qu’ils ont, et parlent avec la conviction tranquille de celui qui a choisi sa voie depuis longtemps et ne s’en est jamais écarté.
Il y a des images qui restent. Bamako, où il a contribué à mobiliser un appui permettant aux éditeurs de se rendre jusqu’à Tombouctou, reliant les luttes actuelles du journalisme à l’héritage intellectuel profond du continent. Ouagadougou, lors du siège de 2015, lorsque l’incertitude pesait et que les esprits étaient éprouvés, et pourtant il demeurait solide, tenant ses collègues unis quand cela comptait le plus. Ce ne sont pas de simples souvenirs. Ce sont les fils à partir desquels se tissent les institutions et l’histoire.
Alors nous pleurons. Non seulement un collègue, mais un frère. Un camarade. Un militant de la liberté de la presse dans le sens le plus noble du terme.
Comme le dit Mathatha, il était ce lien essentiel dans les moments difficiles. Comme beaucoup le ressentent, parfois sans le dire, il était aussi une conscience dans les moments ordinaires.
Il y a quelque chose de profondément juste dans l’image de Hamèye rejoignant les ancêtres de Tombouctou, ces gardiens du savoir qui savaient que les idées doivent être préservées, défendues et transmises. Il a vécu selon cette philosophie. Il a protégé la mémoire de son temps, et ce faisant, a renforcé celle de l’Afrique.
Pour l’instant, nous accueillons le deuil. Nous lui laissons toute sa place. Car perdre un homme comme Hamèye, c’est sentir un vide non seulement dans nos rangs, mais dans notre continuité. Mais même dans la douleur, sa vie nous laisse une exigence.
Construire des institutions. Être présent, même lorsque c’est difficile. Parler, surtout lorsque c’est risqué. Transmettre, sans retenue. Et ne jamais considérer la liberté de la presse comme un privilège. C’est une responsabilité, confiée à chacun de nous.
Hamèye Mahamane Cissé a porté cette responsabilité avec une rare dignité et un courage constant. Qu’il repose en paix !
Pouvoir et Salam !
Pour et au nom du Forum des Éditeurs africains (TAEF)
Churchill Otieno Président du TAEF
