Mise en œuvre de la charge à l’essieu au Sénégal : 400 camions maliens à Dakar

La mise en œuvre de la charge de l’essieu au Sénégal a des répercutions fâcheuses sur l’économie malienne. Les services de recouvrement souffrent. Aujourd’hui, les pertes de recettes se chiffrent à dizaines de milliards de FCFA.  Les services techniques sont à pied d’œuvre pour parer à toute autre éventualité.

 Le trafic routier entre le Mali et le Sénégal prend de l’eau depuis un mois environ. Et pour cause. Les autorités dakaroises, soucieuses non seulement de préserver les routes qui traversent leur pays pour venir au Mali, mais aussi de protéger leurs transporteurs de la concurrence rude malienne, ont décidé d’appliquer à la lettre les dispositions communautaires relatives aux charges à l’essieu sur le tronçon routier. Du coup, plus de 500 camions maliens sont bloqués à Dakar, faute de consensus entre les deux pays sur la question. Le déplacement du ministre malien des Transports et de la Mobilité urbaine Ibrahima Abdoul Ly, à Dakar n’a pas suffi pour fléchir la position sénégalaise. En effet, le ministre avait conduit, la semaine dernière, une forte délégation pour échanger avec les Sénégalais sur les possibilités de mise en œuvre en douceur de la réglementation. Mais, ses interlocuteurs sont restés de marbre. Le ministre LY était accompagné par des services techniques, notamment le directeur national des transports, celui du Commerce, le directeur général adjoint des douanes, le président de la Chambre de commerce et d’industrie du Mali, etc.

Or, le niet catégorique sénégalais pèse lourd sur l’économie malienne. Aujourd’hui, les pertes de recettes pour tous les services de recouvrement se comptent par dizaines de milliards de FCFA. Et ce sont les Douanes qui en pâtissent le plus et par effet d’entrainement, le Trésor public et les Impôts. Dans les échanges commerciaux, les douanes sont en première ligne. C’est donc logique que ses services soient les plus touchés par le choc. Déjà, la répercussion  s’est fait sentir sur les recettes du mois de juin, lesquelles ont chuté de façon drastique. Le choc a été durement ressenti par Mahamet Doucara et ses collègues qui n’arrêtent pas de se réunir pour trouver des solutions idoines rapidement au risque d’impacter sur les prévisions de recettes de ce mois de juillet aussi.

Selon nos sources, les négociations conduites par le ministre Ly ont permis de ne faire libérer que 70 camions déjà chargés sur les 500 bloqués à Dakar avant l’entrée en vigueur de la mesure sur le territoire sénégalais. Cette fois, le gouvernement de Macky Sall, qui est en ce moment dans le creux de la vague, est décidé à faire appliquer dans toute sa rigueur la réglementation communautaire. L’actualité recommande des mesures fortes pour détourner l’attention sur les soupçons de corruption qui pèse énormément sur le petit frère national, Aliou Sall, cité dans une histoire de pot-de-vin reçu dans le dossier de passation du marché d’extraction du pétrole sénégalais.

Pour rappel, dans la mise en œuvre de cette mesure communautaire contre les camionneurs maliens, Dakar s’appuie sur le Règlement n°14/2005/CM/Uemoa du 16 décembre 2005. Il est relatif à l’harmonisation des normes et des procédures du contrôle du gabarit, du poids et de la charge à l’essieu des véhicules lourds de transport de marchandises. Il est rentré effectivement en application dans tous les ports de l’espace Uemoa, ainsi qu’au Ghana et en Guinée, depuis le 1er février 2017 par un communiqué de la Commission de l’Uemoa, informant l’ensemble des acteurs, notamment, les administrations, les opérateurs économiques, les transporteurs et acteurs du transport ainsi que tous les usagers de la route. Tous étaient donc invités au respect scrupuleux des normes communautaires en matière de poids total autorisé en charge, de charge à l’essieu et de gabarit des camions de transport de marchandises et d’hydrocarbures.

Les manquements au respect de ces dispositions exposent les contrevenants au paiement des amendes, au déchargement de la surcharge ou à l’immobilisation du camion, conformément au régime des sanctions contenues dans ledit Règlement.

Les amendes sont de 50 millions FCFA pour défaut d’équipement et 200 000 FCFA par véhicule surchargé dans l’enceinte des plateformes ou établissements pour les ports et plateformes générant plus de 200 000 tonnes de fret par an; 20 000 FCFA et 60 000 FCFA par tonne de surcharge respectivement pour le trafic national et le trafic international, et 100 000 FCFA pour dépassement de la hauteur limite de gabarit fixé à 4,5 mètres à la charge du transporteur.

Il faut reconnaître que la mise en œuvre de cette disposition a toujours été différée jusqu’à ce que les Sénégalais disent le mois dernier que ça suffit. A un moment, il faut appliquer la réglementation. Même si cela fait mal.

Mais, probablement les Sénégalais pouvaient différer encore l’application de la mesure si et seulement si les opérateurs économiques maliens avaient accepté de partager les rôles permettant aux transporteurs de prospérer à côté aussi. Mais, au Mali on est opérateur importateur, on est transporteur. Autrement dit, tous nos commerçants importateurs se sont dotés de gros camions pour transporter leurs marchandises. Histoire d’économiser sur les transactions pour faire plus de bénéfice. Or, la prospérité de la double activité se fait au détriment des transporteurs. Donc, la soudaine décision des Sénégalais à aller vers la mise en œuvre obligatoire de cette mesure communautaire ne vise-t-il pas à protéger les transporteurs sénégalais ? C’est possible, car dans la concurrence, tous les coups sont permis, pourvu qu’on reste dans la limite du droit. Et c’est ce que les Sénégalais font. Il appartient aux Maliens d’être plus inventifs.

Un autre facteur de blocage, c’est l’obligation faite aux camionneurs maliens de se garer dans un nouveau parking pour gros porteurs, aménagé récemment à environ une trentaine de kilomètres de la ville de Dakar. Selon nos sources, ne rentre dans la ville que les camions qui sont prêts à être chargés immédiatement. Cette gestion moderne, certes pèse énormément sur nos camionneurs qui sont butés à toutes sortes de tracasseries intelligemment préparées pour rendre la vie impossible aux nôtres. C’est ce qu’on appelle le protectionnisme à la sénégalaise. Il ne reste plus qu’à nos opérateurs de se tourner vers la Côte d’Ivoire, le Ghana ou la Guinée pour se sortir des griffes de «Gorgi».

Source: La Preuve

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