Contribution: Si j’étais président de la République

 

Dans le confort de mon bureau et de ma vie sans pression extraordinaire mon esprit vagabonde souvent et se met à imaginer ce que je ferais si j’étais président de la République.

Je n’ai pas chaque matin à affronter les virages sinueux qui mènent au palais de Koulouba, virages si nombreux qu’ils donnent le tournis et déboussolent les esprits les plus aguerris des résolutions les plus fermes. J’ai donc le luxe d’avoir les idées claires, disons moins embrumées qu’un président de la République. Autant il est très difficile d’avoir un bon jugement sous la pression des évènements, comme un président de la République l’est, autant il est difficile de penser aux destinées de tout un pays lorsque comme Sisyphe chaque matin on part à l’assaut de sa pitance quotidienne sans aucune assurance que le lendemain sera meilleur. Pouvoir réfléchir à l’avenir du Mali est en fait un privilège pour les maliens qui sont en capacité de le faire.

Cela dit, la première des trois couleurs du drapeau national étant le vert symbole d’espoir ; si j’étais président je ferai reboiser complètement la forêt classée de Koulouba. La falaise dégarnie que surplombe le palais offre de janvier à juin une vue aussi désolante que désespérante de l’avenir du Mali. Au sommet, le président règne à l’abri de la pollution urbaine et des coupures d’électricité dans un confort et un luxe toujours plus grands, en bas et tout autour la désolation progresse. Bamako devient une immense poubelle dont à certaines heures les effluves et la chaleur font penser que l’on vit dans les entrailles d’une immense bête féroce qui annihile toute capacité de réflexion et d’action collectives.

Année après année cette forêt, pourtant classée déjà par le colonisateur dont une majorité de maliens continuent de blâmer pour tout et pour rien, est dégarnie comme peau de chagrin. Les rares formations ligneuses qui y subsistent sont celles qui en bordurent de route masquent l’étendue de sa destruction.

Somme toute à l’image de l’Etat malien qui n’est plus qu’une façade vermoulue prête à s’écrouler à tout moment.

Abdoulaye Shaka Bagayogo

Source: L’Oeil du Mali

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