Gouvernance du Mali: Ce que le Président IBK doit craindre

Les uns et les autres n’ont pas attendu la fin du deuil décrété à la suite des événements tragiques de Boulkessy et de Mondoro pour ouvrir les hostilités. Le général Moussa Sinko Coulibaly, celui-là qui n’a pas hésité un seul instant de troquer son uniforme contre le costume de politicien, a jeté un pavé dans la mare en publiant sur les réseaux sociaux qu’«il est impérieux de mettre fin à ce régime incompétent pour abréger la souffrance du peuple ».
L’homonyme du père du président de la République, Boubacar Keïta, répond à l’ancien ministre de l’Administration territoriale dans un tweet : « des personnes devraient avoir la décence de se taire en pareille circonstance. Privilège d’être Général dans la quarantaine mais démissionne pour la politique (avec le résultat qu’on connait) alors même que le pays est en guerre et venir l’ouvrir now ?! Vraiment ?? Allez-vous asseoir, c’est mieux ! ».
Le président Ibrahim Boubacar Kéïta, lui, a profité de sa rencontre avec les formations politiques signataires de l’Accord politique de gouvernance le 5 octobre dernier pour répliquer à celui qui fut son tout premier ministre de l’Administration territoriale sans pourtant le nommer. «Je tenais à vous dire cela et encore une fois, notre nation, aujourd’hui, plus que jamais, a besoin de solidarité, a besoin de se resserrer, n’a pas besoin d’élucubrations des nostalgiques du putsch. Aucun putsch ne prévaudra au Mali, qu’on se le dise. Et je crois que cela n’est pas du tout à l’ordre du jour et nous ne saurons nous inquiéter. Mais je tiens à dire combien cela est absolument ignominieux, indécent dans les temps où nous sommes», a souligné le président Keïta.
Comme il fallait s’y attendre, cette sortie présidentielle a largement contribué à donner une dimension plus grande au tweet du général Moussa Sinko Coulibaly qui se distingue particulièrement par ses déclarations incendiaires contre le régime d’IBK. La presse nationale et internationale s’est fait écho de cette guerre des mots.
Le président IBK n’avait pas commis une erreur de communication en faisant allusion à un putsch dans une intervention diffusée sur les médias publics et largement relayée sur les réseaux sociaux. En dépit de la sérénité qu’il affiche, le chef de l’Etat donne plutôt l’impression, à travers cette référence à un coup d’Etat, que l’heure n’est pas à la sérénité à Koulouba. Ses propos rappellent ceux d’un certain Amadou Toumani Touré. En 2012, à quelques jours de sa chute sans gloire, le général ATT s’est prononcé à deux reprises sur les rumeurs du coup d’Etat : au micro de notre confrère Alain Foka de Radio France Internationale et devant les femmes au Palais de la culture de Bamako à l’occasion du 8 mars. On n’oubliera pas de sitôt ce qui s’en est suivi.
En démocratie, on se saurait encourager un coup de force militaire pour renverser les institutions issues du suffrage populaire, fussent-elles mal élues. Contrairement à certains soutiens des putschistes de Kati, qui jouissent aujourd’hui des délices du pouvoir, ‘’Le Challenger’’ était là pour jouer à la vigilance en dépit de son opposition à la gouvernance du général ATT. Il faut juste rappeler au président IBK que les auteurs du coup de force militaire n’ont pas besoin d’autorisation pour perpétrer leur forfait. « On n’est jamais trahi que par les siens », nous enseigne un proverbe français.
Le Président IBK doit plutôt craindre un soulèvement populaire qu’un putsch militaire. Les signes sont déjà perceptibles à travers la vague de contestations qui secouent le pays. Le Mali est dans une situation pré-insurrectionnelle. Le président de la République et son gouvernement peinent à asseoir l’autorité de l’Etat. Il y a une urgence à travailler à contenir la colère populaire en posant des actes concrets de gouvernance.

Chiaka Doumbia

Source: Le Challenger

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