»Entre Nous »: Alpha Condé sur le « chemin interdit »

A l’appel du Front pour la Défense de la Constitution (FNDC), les Guinéens sont sortis massivement, le 14 octobre 2019, pour s’opposer à toute velléité de modification de la Constitution pouvant permettre à Alpha Condé de briquer un troisième mandant l’année prochaine. Plusieurs villes de la République de Guinée ont été secouées par ces manifestations qui ont viré aux affrontements. Le gouvernement du Président Alpha Condé avait déjà annoncé les couleurs de la répression à travers un déploiement massif des forces de sécurité.

Au moins quatre manifestants et un gendarme ont perdu la vie dans des heurts entre les forces de sécurité et les milliers d’opposants déterminés à barrer la route à toute volonté de troisième mandat. Les abords des domiciles des leaders politiques ont été bouclés pendant toute la journée du lundi par un dispositif sécuritaire important composé de gendarmes et de policiers. Il s’agit des domiciles du chef de file l’opposition et président de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), Cellou Dalein Diallo et du président de l’Union des Forces républicaines (UFR), Sidya Touré. Déjà la veille, le pouvoir avait procédé à l’arrestation d’une vingtaine de leaders du FNDC.

La répression féroce des manifestations pacifiques est-elle le signe que l’ex-opposant est prêt à tout pour instaurer en Guinée un pouvoir à vie ? Alpha Condé va-t-il vraiment renier ses propres convictions ? Que vaut aujourd’hui cette déclaration faite par le n°1 guinéen à l’issue d’une audience avec le représentant spécial de l’ONU pour l’Afrique de l’Ouest, Mohamed Ibn Chambas : « Non ! Si je me tais sur ce qui se passe ailleurs, c’est pour ne pas gêner d’autres présidents qui, quelques fois, sont des amis. Mais en ce qui me concerne, je ne modifierai jamais la Constitution. Ce serait trahir ce pourquoi je me suis toujours battu. Cela doit être clair. En Guinée, il n’y aura pas un troisième mandat ». Jusque-là, le président Alpha Condé n’a pas officiellement déclaré sa candidature pour un troisième mandat. Il peut encore sortir par la grande porte de l’histoire s’il n’est pas atteint par le syndrome de la malédiction du pouvoir. Les dérapages actuels sont inacceptables de la part d’un homme qui a passé la moitié de sa vie à combattre des régimes qu’il qualifiait de dictatoriaux.

Opposant aux présidents Sékou Touré et Général Lansana Conté, Alpha Condé s’est illustré depuis son accession à la magistrature suprême par une répression féroce des manifestations pacifiques. L’opposant historique, le combattant de la liberté et de la démocratie, chanté par Tiken Jah Fakoly, s’est transformé en dictateur qui marche sur le cadavre de ses compatriotes. De 2010 à nos jours, plus de 100 manifestants ont été tués lors des mouvements pacifiques.

S’appuyant sur ses forces de répression, Alpha Condé se fiche superbement des mises en garde. Le 14 décembre 2015, lors de son investiture pour un second mandat, Kèlèfa Sall, alors président de la Cour Constitutionnelle, lequel sera destitué de cette fonction avant sa mort en juillet 2019, avait mis en garde le chef de l’Etat guinéen en ces termes : « Évitez toujours les dérapages vers les chemins interdits en démocratie et en bonne gouvernance. Gardez-vous de succomber à la mélodie des sirènes révisionnistes, car si le peuple de Guinée vous a donné et renouvelé sa confiance, il demeure cependant légitimement vigilant. »

Ce qui se passe actuellement en Guinée, met à rudes épreuves le mécanisme de prévention de crise de la CEDEAO. Face aux velléités de tripatouillage constitutionnel, l’institution sous régionale se montre peu efficace et se contente de jouer aux pompiers.

Chiaka Doumbia : Source Le Challenger

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