Djibrila Ariaboncana Maïga DG de la Météo : « L’agriculture, l’aviation, l’armée, la santé, l’énergie, les transports de surface …ont tous besoin des informations météorologiques…»

Le Mali-Météo est un service très important de par son apport dans plusieurs domaines comme les prévisions du temps, les opérations de pluies provoquées, les estimations pluviométriques, les alertes, entre autres. Peu connu du grand public malien, MALI-METEO demeure incontournable pour plusieurs secteurs comme l’agriculture (secteur primaire de notre développement), l’armée, l’énergie, l’aviation. C’est dans ce cadre que nous avons approché le Directeur général de MALI-METEO pour en savoir plus.

        

Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Je m’appelle Djibrila Ariaboncana Maïga, Directeur général de l’Agence nationale de la Météorologie placée sous la tutelle du Ministère des Transports et des Infrastructures.

     Quelles sont les missions dévolues à votre direction ?

L’Agence nationale de la Météorologie dénommée MALI-METEO a pour mission, l’observation du temps, du climat et des constitutions atmosphériques de l’environnement en vue d’assurer la sécurité des personnes et des biens et de contribuer au développement économique et social du Mali par la production et la fourniture d’informations météorologiques appropriées à chaque secteur, que ça soit l’agriculture au sens large, la santé, l’énergie, le tourisme, les transports, la gestion des catastrophes , les routes, les ponts et les bâtiments. Tous ces secteurs ont directement ou indirectement besoin de l’information météorologique, soit dans leur conception, soit dans leur planification, soit dans leur mise en œuvre.

   Avez-vous des Ressources humaines et financières suffisantes pour relever les défis?

L’Etat et ses partenaires techniques et financiers fournissent de gros efforts pour doter aussi bien en ressources humaines, financières que techniques pour permettre à MALI-METEO, de mener à bien ses activités. C’est dans ce cadre que le Gouvernement du Mali a approuvé le plan stratégique de développement de la météorologie pour les années à venir à l’horizon 2027 devant permettre à MALI-METEO, d’avoir des moyens humains et financiers et des procédures afin de permettre à MALI-METEO, à tout moment, à n’importe quel point du territoire, de fournir des informations adaptées aux besoins de chaque usager. Cela est d’autant plus important que dans ce contexte de changement climatique, les besoins en informations météorologiques deviennent de plus en plus spécifiques et plus élevés. Ce plan donc devrait, en tout cas, permettre à MALI-METEO d’avoir les moyens financiers, techniques et humains pour relever les défis de développement auxquelles elle est confrontée.

D’autre part, le Gouvernement a aussi adopté le Cadre national des services climatologiques pour permettre que les secteurs sensibles à la météorologie, au temps et au climat, notamment l’agriculture et la sécurité alimentaire, la santé, l’Energie et l’eau, la gestion des risques de catastrophes, les transports, routes et travaux publics aient accès à des informations plus précises et adaptées qui répondent véritablement. autant que possible à leurs besoins et par les canaux appropriés en travaillant, main dans la main.

Il vise à améliorer significativement la fourniture des services climatiques fiables, permettant ainsi d’améliorer la planification des cultures et la productivité agricole, de limiter la propagation des maladies et épidémies sensibles au climat, d’évaluer les effets du climat et des changements climatiques sur les ressources en eau et de réduire l’impact socioéconomique des phénomènes climatiques extrêmes, par la prévention des catastrophes.

Par ailleurs, le Gouvernement a adopté en 1998 un programme de réhabilitation et d’extension du réseau d’observation météorologique en vue de réhabiliter les stations existantes et la construction et l’équipement de nouvelle station météorologique dans tous les cercles non encore pourvus.

L’objectif visé par tous ces efforts est de faire jouer aux Services météorologiques un grand rôle d’appui conseil au processus de développement social et économique à travers la transformation de l’information météorologique en conseils pratiques d’aide à la décision pour tous les usagers (décideurs politiques, planificateurs, grand public et opérateurs de secteurs socio-économiques spécifiques.

 

   Le Mali dans sa politique d’opération pluies provoquées, quel est le bilan à ce jour ? Quelles sont les perspectives ?

Je voudrais rappeler, avant de répondre à cette question, qu’une des missions spécifiques de MALI-METEO est la mise en œuvre des activités de modification artificielle du temps communément appelée au Mali « pluies provoquées ». L’objectif est de contribuer à réduire l’impact de déficit pluviométrique sur les productions agro-pastorales et les productions d’énergie hydro-électrique

Il est mis en œuvre entre autres, principalement par les Services de l’Agriculture, l’Hydraulique, l’Energie, l’Aviation Civile, l’Armée de l’Air avec l’appui ministère des Finances et du Laboratoire national des Eaux. C’est un programme qui a démarré en début 2006 en appui aux programmes de gestion de ressources en eau, d’aménagement hydro-agricole, de mécanisation agricole et des semences.

Comme vous le savez, la sécurité alimentaire dans notre pays repose sur la production céréalière dominée par les céréales sèches qui occupent environ 80% de la population et demeure largement tributaire de la quantité et de la répartition des pluies dans l’espace et dans le temps.

Quand il pleut beaucoup, il y a une bonne production agricole et quand il pleut peu, on a moins de production. C’est pourquoi les hautes Autorités ont décidé de tenter ce secteur d’ensemencement de nuages, comme dans beaucoup de pays autour de nous, tels que le Maroc, le Burkina Faso l’Afrique du sud, le Sénégal et tout récemment le Niger, et même le CILSS a tenté de mettre un moment un programme régional de modification artificielle du temps. L’Organisation météorologique mondiale a recensé dans le monde, plus de 100 programmes de pluies provoquées surtout dans les zones arides et semi-arides y compris aux Etats Unis, en Thaïlande, en Arabie saoudite, en Chine, en Russie. C’est vrai pour certains, c’est pour booster la production agricole, pour d’autres c’est pour avoir uniquement de l’eau propre, dans d’autres pays, c’est pour lutter contre les grêles.

Les produits utilisés comme noyaux de condensation sont le chlorure de calcium et l’iodure qui ne présentent aucun danger pour l’homme selon les échantillons d’eau de pluie analysés au Mali et même aux Etats Unis et ailleurs.

Au Mali, on a commencé avec une société américaine et ensuite avec une société malienne. Après une dizaine d’années de mise en œuvre, l’étude menée par le Bureau Metexa Consulting a montré que les résultats étaient satisfaisants. On a pu contribuer à améliorer la pluviométrie d’environ 15 % et même plus. La production agricole a augmenté d’environ 40 à 44%. L’élevage, les pâturages se sont améliorés.

Une étude sommaire a montré que chaque franc investi apporte un bénéfice de 4 francs, mais, il faut préciser que cette bonne production agricole n’est pas le fait seulement de ce Programme, il y a la mécanisation de l’agriculture, il y a les subventions aux engrais et semences, il y a la vulgarisation qui fait beaucoup d’efforts, il y a aussi la recherche, tout cela mis bout à bout a contribué aux bonnes productions agricoles de ces dix dernières années.

 Sur quoi vous vous basez pour mener une opération ?

Il faut noter que la pluie provoquée est aussi un phénomène naturel. Elle consiste tout simplement à injecter des noyaux de condensation dans le nuage pour grossir les gouttelettes d’eau dans le nuage par captation d’autres gouttelettes avant de précipiter. C’est dire que pour provoquer de la pluie il faut des nuages qui contiennent de gouttelettes d’eau susceptibles d’être ensemencées.

Ensuite on se base sur les informations issues des conclusions du Groupe de travail pluridisciplinaire qui rassemble les services de l’agriculture, de l’élevage, l’hydraulique, de la production des végétaux, en tout une trentaine de Services.

Depuis les années de 1980/1990, du 1er mai au 31 octobre, le Groupe se retrouve tous les dix jours, pour faire le point, sur l’ensemble du pays, de la situation pluviométrique, des cours d’eau, des pâturages, des points d’eau sur le territoire, des maladies des animaux et des plantes et même le prix des céréales. A partir de de ces informations, on détermine, entre autres, les zones où il y a des déficits pluviométriques y compris dans les bassins des barrages où il y a des problèmes d’eau.

Le Programme est mis en œuvre par deux avions, cinq radars, deux stations d’imagerie satellitaire et de la télémétrie pour suivre le mouvement de l’avion. Les phénomènes météorologiques sont suivis par les météorologistes avec les radars et les imageries satellitaires ainsi que les prévisions météorologiques. En fonction de ces deux éléments et les résultats de l’analyse du groupe de travail pluridisciplinaire, on prend la décision d’envoyer les avions pour effectuer les opérations de pluies provoquées dans les zones identifiées.

C’est un système de veille et d’adaptation à la variabilité et au changement climatique. C’est ça l’importance et la contribution du Programme dans un pays très vulnérable comme le notre.

Pouvons-nous savoir combien l’Etat investi dans nos opérations durant la période cible ?

Comme je l’indiquais plus haut, la réalisation des opérations est très complexe. Elle met en œuvre beaucoup d’équipements techniques, scientifiques, aéronautiques et météorologiques, de télécommunications dont l’acquisition et la maintenance et l’état de navigabilité ainsi que des ressources humaines hautement qualifiées ainsi que les produits d’ensemencement ont un coût. L’Etat dépense sur le budget national plus du milliard chaque année pour la mise en œuvre du Programme. Les résultats obtenus ces dernières justifient amplement cet investissement.

La pluviométrie de cette campagne aurait dépassé les prévisions, est-ce-que le fait de vos interventions?

Notre suivi de la campagne agricole commence du 1er mai au 31 octobre. Déjà au mois d’Avril on élabore une prévision saisonnière qui va donner les caractéristiques agro hydro- météorologiques de la saison, c’est à dire la qualité de la pluie attendue, le démarrage et la fin de la saison des pluies, les périodes sèches, les cours d’eau, des invasions arédiennes. Pour la campagne agricole 2022-22203, nous avions prévu qu’il y aura une bonne pluviométrie, ça va finir un peu tard et même si les pluies s’arrêtaient, il n’y aura pas d’impact, on n’aura pas besoin d’avoir recours aux opérations de pluies provoquées. Le groupe de travail pluridisciplinaire a fonctionné normalement depuis le 1er mai.

Quelle est la politique de mise en œuvre pour maintenir le cap ?

Il s’agit de changer de paradigme. Après plus de dix ans de mise en œuvre par des sociétés privées américaine et malienne, il faudrait aller vers le renforcement des   capacités nationales pour rendre le programme pérenne pour lui permettre de jouer son rôle de veille notamment les pilotes de l’Armée de l’Air dans le pilotage et la conduite des opérations et la gestion des avions, l’ANAC pour l’inspection de la navigabilité des avions et MALI-METEO pour la coordination de la mise en œuvre du Programme.

   Quelles sont les difficultés que connait votre structure ? Et quels sont les projets ?

MALI-METEO comme toutes les autres structures nationales connait des difficultés tant sur le plan matériel, technique et financier et des ressources humaines. Dans un pays où tout est prioritaire avec des crises sécuritaires et institutionnelles depuis une décennie, donc forcément ça va impacter sur nos ambitions, notre développement notamment sur le réseau d’observations météorologique qui est le socle d’un Service météorologique. Car sans ce réseau, il est impossible de fournir de services et informations fiables.

L’objectif global est le développement de services météorologiques et climatologiques répondant aux besoins des politiques de prévention de risques de catastrophes et d’adaptation à la variabilité et aux changements climatiques des secteurs sensibles au temps et au climat.

La vision des plus hautes Autorités de notre pays est de faire de l’Agence nationale de la météorologie, un service de référence, capable de fournir des appuis techniques fiables et adaptés afin de contribuer significativement au développement socio-économique du pays, à l’horizon 2027.

Toutes les stratégies et tous les projets et programmes sont adaptés pour atteindre cet objectif de développement.

Le changement climatique, qu’en est-il exactement ?

Le changement climatique est une réalité que nous les vivons tous les jours. Toutes les activités humaines sont confrontées à ce phénomène.

Le dernier rapport du Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat a indiqué qu’il n’y a plus de doute sur le changement climatique, car il y avait encore des gens émettaient de doute. La fréquence et l’intensité, de certains événements extrêmes comme les sécheresses, les inondations, les températures sont en augmentation à travers le monde.

Cette l’augmentation de la fréquence et de l’intensité des événements extrêmes a provoqué des effets négatifs généralisés et des pertes et dommages connexes pour les écosystèmes et les personnes.

Notre région subsaharienne dont le Mali est considéré comme l’une des régions au monde les plus vulnérables aux effets de la variabilité et du changement climatique, avec des conséquences très dommageables sur son développement socio-économique.

En effet, notre économie est fortement dépendante de l’évolution des caractéristiques de la saison des pluies telles que la répartition et la quantité de pluies, les dates de début et de fin de saison et les débits des fleuves.

Par conséquent, il est nécessaire de pouvoir alerter, prévenir les populations sur les phénomènes. C’est un défi majeur qui a été lancé le 23 mars dernier2022 par le Secrétaire général des Nations Unies pour que chaque citoyen accède dans les cinq à venir aux alertes précoces multi-dangers à travers des canaux d’information appropriés et une véritable stratégie de communication.

Dans tous les cas, beaucoup d’initiatives sont mises en œuvre sur le plan national pour renforcer notre résilience face aux changements climatiques.

Où est-ce que le Mali en est avec la COP 27

La Conférence des Parties (COP) de la Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatique est un évènement annuel et mondial sur les changements climatiques et regroupe beaucoup de monde : des chefs d’Etat, des chefs de gouvernements, des ONG, des Organisations nationales et internationales et autres Experts. Le Mali a ratifié cette convention depuis 1994 et participe régulièrement aux COPs. Il a élaboré sa politique nationale, ses Communications nationales et ses Contributions Déterminées Nationales.

MALI-METEO a participé régulièrement aux différentes COPs. Cette COP va s’articuler autour de l’atténuation, l’adaptation, le financement et la collaboration. Notre Service météorologique va participer pour renforcer la délégation malienne dans les domaines de ses compétences, d’une part et d’autre part, soutenir l’Organisation météorologique mondiale dans les initiatives d’alerte précoce, les services et informations météorologiques en appui à l’adaptation ainsi que le nouveau mécanisme de financement des réseaux d’observation des pays côtiers et les moins avancés vulnérables aux changements climatiques.

Votre message monsieur le Directeur général ?

Je voudrais vous remercier pour m’avoir donné l’occasion de parler un peu de notre Structure qui n’est connue par le Grand Public qu’à travers le bulletin météo a la télé et à la radio alors que nous produisons beaucoup d’informations utiles, et utilisables dans presque tous les secteurs de développement économique et social IL reste aussi vrai que de plus en plus les gens commencent à s’intéresser aux questions météorologiques notamment les prévisions et alertes météorologiques

Aussi, nous appelons les usagers et les décideurs à intégrer les dimensions et informations météorologiques et climatologiques dans tous leurs programmes et projets et dans les habitudes car elles ont un retour sur investissement assez important ,surtout dans un contexte de changement climatique.

SOURCE : LA DECOUVERTE

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