Entre Nous : Périls sur les acquis démocratiques ?

 

26 mars 1991-26 mars 2023 ! Le Mali a commémoré hier dimanche le 32ème anniversaire des événements tragiques de mars 1991. La chute du régime du parti unique et son leader le Général Moussa Traoré ouvrait ainsi la voie à l’instauration de la démocratie. Le 26 mars est une date importante dans l’histoire post-indépendance du Mali. Cette journée nous appelle à la réflexion pour mesurer le chemin parcouru en jetant un regard critique sur l’état de la nation. Elle nous pousse au recueillement, nous rappelle les multiples combats menés par de nombreux Maliens dont certains ont payé de leur vie pour débarrasser le Mali du régime militaire qui a pris les commandes du pays en renversant le Président Modibo Kéita et son équipe.

Ce 32ème anniversaire intervient dans un contexte extrêmement difficile dans le pays qui vit sa 3è Transition depuis l’instauration du multipartisme en 1992 suite à l’adoption de la Constitution en vigueur. Plusieurs voix s’élèvent pour accuser les autorités actuelles de mettre en péril les acquis démocratiques.

Acteur des événements de mars 1991 et figure de proue des manifestations insurrectionnelles de 2020 contre le 3è président démocratiquement élu, l’ancien ministre et cinéaste Cheick Oumar Sissoko. Selon lui, «elles accaparent le pouvoir, prennent en otages le peuple, mettent en place un régime militaire comme en 1968 et reconduisent le système de corruption, de forfaiture combattu par l’insurrection populaire de 2020 avec la trahison et la complicité de quelques dirigeants du M5 RFP qui ont fait le choix de leurs intérêts personnels.»

Le projet de constitution que ces autorités s’apprêtent à soumettre au référendum menace les acquis démocratiques au Mali, à en croire de nombreuses organisations de la société civile qui s’inquiètent déjà du renforcement des pouvoirs du Président de la République.

Le Mali vers le choix d’une ‘’démocratie totalitaire?’’, s’interroge Moussa Sey Diallo, analyste politique. «En concentrant plus de pouvoir au profit d’un organe et au détriment d’autres qui sont nécessaires à l’équilibre structurel, on contribuerait à créer des conflits futiles ou des subordinations incohérentes, des éléments bien néfastes à la sérénité d’un Etat et qui pourraient conduire vers une anomie certaine».

Me Balla Cissé, Docteur en droit public et Avocat au Barreau de Paris estime que «le projet de constitution fonde un régime présidentialiste entre les mains d’une oligarchie militaire.»

Pour Cheick Sidi Diarra, Ancien Secrétaire Général Adjoint des Nations Unies, «les rédacteurs du présent projet de Constitution veulent nous prescrire un régime où un seul homme ou une seule femme prendrait le destin de la Nation en main. Les mêmes causes produisant les mêmes effets comme le dirait l’autre, notre histoire récente nous rappelle que c’est un accaparement similaire des pouvoirs entre les mains d’un seul homme qui nous a conduits là où nous sommes. On doit en tirer les enseignements pour ne pas tomber dans les mêmes travers, sinon ça se terminera exactement de la même manière, c’est à dire des excès qui vont entraîner la désobéissance civile et le parachèvement.»

Ce texte fait du Président de la République un momarque absolu dans un pays où la concentration de l’essentiel du pouvoir entre les mains du Chef de l’Etat est l’une des causes de la déchéance des institutions républicaines. Curieusement, il ne suscite aucune réaction de la part de ceux qui ont combattu le projet de 2017 du Président Ibrahim Boubacar Kéita et celui de 2012 du Général Amadou Toumani Touré. On aimerait bien connaître leur opinion.

Par Chiaka Doumbia/Le Challenger

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