Femme et développement rural A cœur ouvert avec : Cissé Awa Konté, la ‘’Nyéléni’’ du Mandé !

 

Maillons essentiels du développement local, les femmes rurales représentent une force économique. Elles contribuent aux revenus familiaux et à la croissance de la communauté de multiples façons. Parmi ces amazones figure Mme Cissé Awa Konté. Actrice de la culture Bio, elle exploite son potager dans les parcelles aménagées du périmètre de Samanko. Incarnation de la femme battante et engagée, elle est lauréate du prix de l’agro-écologie de l’Ong Amsd. De par son courage et sa détermination, Mme Cissé Awa Konté est un exemple pour les femmes de la commune rurale du Mandé. Présidente de l’association ‘’Anbekoun’’ de Samanko village, elle est membre de l’Union des maraîchers de la commune du Mandé.

Dans cette interview qu’elle a bien voulu nous accorder au milieu de son jardin, Mme Cissé invite les femmes rurales à s’intéresser au travail de la terre, gage d’une autonomie réelle.

Mme Cissé, peut-on savoir vos motivations à embrasser le travail de la terre, singulièrement le maraîchage ?

Commerçante, je faisais la navette entre Bamako et Lomé. Un jour, j’étais membre d’une délégation qui a visité un champ à Ségou. J’ai été surprise de la production de la propriétaire du champ. C’est de là que j’ai réalisé l’importance de la terre. Et, depuis ce jour, environ 10 ans, je me suis fait le vœu de devenir la ‘’Nyéléni’’ du Mandé. (Rires !)

Quels produits cultivez-vous dans votre champ ?

Nous cultivons la carotte, l’oignon, le céleri, la salade, le chou -pommé, le poivron, le piment, la tomate et, surtout, le melon et le concombre sous serre pour lesquels je suis bien connue.

Comment avez-vous obtenu vos terres ?

Ces terres appartiennent à l’Etat. Nous sommes là grâce à ATT qui a aménagé ces 130 hectares pour les activités maraîchères pour les 6 communes de Bamako en plus de la commune du Mandé, afin de les ravitailler en fruits et légumes. Nous sommes au nombre de 332 en activité ici, dont 220 hommes et 112 femmes.

Rencontrez-vous des difficultés dans cette activité ? Si oui, lesquelles ?

Nous en avons beaucoup. D’abord le problème d’eau. C’est un secret de polichinelle. Nous dépendions de la station de pompage depuis le fleuve qui ne fonctionne plus. Dieu merci ! J’ai pu faire un forage, mais je manque de château d’eau. (Rire !) La serre que j’ai obtenue grâce à l’appui de la Fondation Syngenta est déchirée.

Nous avons beaucoup de difficultés quant à l’accès aux intrants, semences et autres produits entrant dans le cadre de nos activités. Très difficile ! Surtout les semences que nous ne produisons pas   nous-mêmes. Tout est cher. De 3000 à 50. 000 FCFA le sachet ou la boîte. La qualité de concombre que je cultive sous serre s’élève à 50. 000 francs.

Beaucoup de gens ont été confrontés au problème d’engrais cette année. Mais tel n’a pas été notre cas, parce que nous faisons du Bio. Grâce à la CNOP et à l’Asmd, nous avons bénéficié des techniques de fabrication des engrais sans produit chimique, une production écologique.

Les grands fonctionnaires qui sont devenus de grands producteurs de nos jours rendent la tâche encore plus difficile. Ce sont des concurrents de taille qui ont plus de moyens que nous.

Nous avons un problème d’écoulement faute de moyens pour acheminer les produits au bord du goudron, au marché. Nous faisons tout sur la moto, et nous subissons souvent des pertes. Si je parvenais à avoir un tricycle, cela m’aiderait beaucoup.

Autres difficultés : souvent, nos travailleurs nous abandonnent pour les sites d’orpaillage. Pendant ces moments d’immenses efforts physiques, un motoculteur allait beaucoup m’aider dans mon travail.

Au Mandé, l’absence de marchés nous handicape beaucoup. On produit, mais on ne gagne pas. Les revendeurs viennent prendre nos produits à vil prix pour aller les vendre à prix d’or sur les marchés. J’ai produit plus de quatre tonnes d’oignons cette année, cent pour cent Bio. Produire bio a un coût ! Nous n’avons pas de chambre froide ici alors que le maraîchage, pour qu’il soit rentable, il faut une chambre froide. Le mandé, singulièrement Samanko, en a besoin.

Il faut que tous les producteurs maliens se donnent la main pour maîtriser le prix sur le marché, sinon on ne s’en sortira pas.

Quels apports avez-vous reçus de vos partenaires ?

Tout d’abord, je remercie tous mes partenaires pour leur accompagnement. Il s’agit de l’INCPM, la Fondation Syngenta, la CNOP, le SPG, le CAA. J’avais obtenu ma première serre avec la Fondation Syngenta. Au départ, cette serre avait été conçue par la Fondation comme champ école. Les étudiants de C.A.A, et avec l’IER, on sélectionnait au maximum 5 pour venir travailler avec moi. Après seulement trois mois d’activités, chacun de nous pouvait empocher 1. 500. 000 francs CFA. Cette somme leur servait de fonds de démarrage une fois les études terminées. Mais ce projet de 3 ans fut un échec. Le partenariat ne s’est pas arrêté, car la Fondation continuait de m’envoyer des étudiants.

Un jour, elle m’a proposé de contribuer à hauteur de 1/3 pour la construction de la serre que vous voyez, y compris le château et les panneaux. Cette Fondation m’a ouvert les yeux, en termes de formation et beaucoup d’autres choses. Elle m’a mis en contact avec l’Union des maraîchers du Mali, dont je suis membre, et grâce à laquelle j’ai reçu des formations et de l’accompagnement de la CNOP qui nous a formés dans le compostage, la fabrication des herbicides, des insecticides, etc. C’est comme cela que nous sommes venus dans l’agriculture Bio. Aujourd’hui, je suis relais en qualité de producteur certifié dans l’agriculture biologique de l’ONG AMSD dans lequel cadre j’ai été lauréate ici à Samanko.

Vous faites aussi de l’apiculture, parce que nous voyons des ruches ?

Nous sommes en partenariat avec GGFER. Il nous (association) a offert 100 ruches à Samanko village. Depuis 2014, il a regroupé 14 villages du Mandé, de Kasséla et de Baguineda. Nos ruches sont dans la forêt classée. Nous produisons et vendons du miel. Mais l’importance d’une ruche dans un champ maraîcher, surtout de melon, c’est pour la pollinisation, les abeilles favorisent cela dans cette culture.

Avez-vous des employés ?

Oui, j’en ai. Grâce à la fondation Syngenta, mon champ est devenu un GIE ou une entreprise dénommée ‘’Dunkafa’’. Nous avons un cahier de charges, je paie mes employés sur la base du contrat qui nous lie. Quand mes enfants ne sont pas à l’école, ils viennent m’appuyer, ils serviront de relève.

Faites-vous la transformation de vos produits ?

Oui. Mais je transforme la tomate en la séchant pour en faire une poudre. Mais les matériels, le fonds font défaut. Sinon la transformation de nos produits pourra créer beaucoup d’emplois et résorber beaucoup de chômeurs au Mali, surtout les femmes qui ne font rien à la maison.

Le maraîchage est-il une activité qui peut rendre une femme autonome sur le plan financier ?

Pas que la femme, même l’homme. La terre ne ment pas. Quand je commençais, mes enfants étaient à l’école primaire. Grâce à cette activité, j’ai pu appuyer mon mari en prenant en charge beaucoup de dépenses de nos enfants. Une femme en activité n’est point comparable à une femme qui ne fait rien. Les hommes le savent ! Personnellement, j’ai réalisé beaucoup de choses grâce à mon champ. J’ai investi dans d’autres choses qui assureront ma retraite. (Rire !) J’ai été une lumière pour beaucoup de femmes dans notre milieu de vie et qui sont très actives aujourd’hui dans les activités lucratives surtout maraîchères. Nombreuses parmi elles se limitaient seulement à la recherche des bois morts dans la brousse, mais aujourd’hui, les choses bougent.

Je profite de l’occasion pour demander aux autorités de penser aux femmes rurales, car nous sommes confrontées à de nombreuses difficultés, surtout l’accès aux terres agricoles. Beaucoup de membres de mon groupement de femmes veulent faire du maraîchage, mais n’ont pas de terre. Nous voudrions des terres agricoles pour toutes les femmes rurales.

Comme dernier message, quel appel avez-vous à lancer aux femmes ?

L’appel que j’ai à l’endroit des femmes, c’est de bannir l’oisiveté de leur vie. Nous sommes dans un pays très riche qui ne doit dépendre d’aucun pays sur le plan de l’autosuffisance alimentaire, et les femmes rurales sont indispensables dans ce combat. Dieu nous a gracieusement offert le soleil, des terres et de l’eau. J’invite aussi les jeunes à s’intéresser au travail de la terre. Alors, levons-nous et mettons-nous au travail, car il y a du travail pour tous au Mali, seule la volonté compte !

Propos recueillis par Moussa Diarra et Broulaye Koné, stagiaire/Le Challenger

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