Mali: Tous coupables !

 

Si ce n’est une lapalissade, c’est en tout cas une bien cruelle évidence : le Mali se porte très mal. L’autre évidence qui crève les yeux est l’aggravation, au fil du temps et des gouvernances, de cette situation !

Le seul regret du président Konaré passant le témoin à son successeur en 2002 est de n’avoir pu sauver l’école malienne de la dérive. Or voilà que plusieurs années après, le pis-aller s’est installé dans tous les domaines, dont le drame sécuritaire qui menace l’existence même du pays.

Loin de s’abattre sur nos têtes telle une calamité naturelle, cette situation n’a pas non plus surgi du néant. Des Maliens en chair et en os en sont les seuls comptables. Leurs dirigeants vers lesquels sont pointés habituellement les doigts accusateurs?

Oui, lorsque ces derniers s’adonnent à toutes sortes de vols et compromissions pour accéder à des postes électifs et nominatifs! Oui, lorsqu’ils promettent du miel à la populace pour s’offrir ses voix et lui servent du fiel une fois parvenus à leurs fins ! Oui, quand ils usent et abusent du pouvoir une fois les manettes en main! Oui, quand ils ne déploient leur temps et énergie qu’à leur développement personnel ! Celui du pays et le bien-être de ses populations ? De simples mots ayant meublé les discours de circonstances!

Oui, ils sont coupables parce ni élus ni nommés à la régulière, ils sauraient respecter la loi, encore moins en imposer le respect à qui que ce soit.

Sont-ils pour autant les seuls auxquels devrait être jetée la pierre à cause de tout ce qui arrive à ce pays naguère si respecté parmi les nations? Ce serait bien trop facile.

Chaque peuple, dit-on, a les dirigeants qu’il mérite. Les Maliens se sont donnés les leurs. Ils ne sont pas des extraterrestres tombés du ciel. Ce sont nos propres choix. Parce qu’ils sont nos frères, sœurs, nos pères, mères, nos voisins, nos collaborateurs, nos compatriotes, nos proches. Pas parce qu’ils nous ont convaincus de la pertinence de leurs projets de société, mais parce qu’ils nous ont donné ceci, promis cela…

Ils ne mettent le couteau à la gorge ni le révolver à la tempe de qui que ce soit comme des bidasses s’accaparant le pouvoir. Encore que l’usage de la force n’est plus l’apanage des seuls militaires. Les pseudo-démocrates ne prennent-ils pas goût aux hold-up électoraux et aux coups d’Etat constitutionnels ?

C’est donc par peur, par naïveté ou par pur calcul que les électeurs se laissent acheter leur vote et berner par les candidats. C’est encore par calcul et pour leurs intérêts que les opportunistes de la République font la cour aux princes du jour avec l’espoir de se faire, encore et toujours, une place au soleil.

Mais, curieusement, voilà un pays où se remettre en cause ou assumer sa part de responsabilité n’existent pas encore dans le vocabulaire. Entre la lâcheté et la malhonnêteté, veuillez bien chercher et trouver ! Depuis l’ouverture des vannes de la liberté à la chute de Moussa Traoré et la proclamation du pluralisme politique par l’actuelle constitution, le Malien ne se sent plus de limites. Il se conduit comme s’il n’avait que des droits et jamais de devoirs. Il peine à devenir le citoyen-modèle.

Il a le monopole de la critique dans la bouche et au bout de la plume. Généraliste spécialisé en tout, le voici en train de pérorer sur tous les sujets sans la moindre crainte du ridicule.   Ce nouvel acteur de l’information est plutôt soucieux d’afficher sa bouille et sa prétention d’être influent, ouvrant pour cela son compteur ‘’vu’’ et ‘’like’’.

En plus de parler de tout et de rien, il agit comme bon lui semble. Sa liberté ne s’arrête pas là où commence celle de son prochain. Se garder de porter préjudice à son prochain ? Il n’en a cure, assuré qu’il est de l’impunité que lui confèreraient sa poche ou une relation influente.

Respecter les lois de la République en toutes circonstances ? Protéger et défendre son pays contre l’ennemi ? Ce ne sont pas ses affaires.

Effectuer consciencieusement le travail pour lequel il est payé, à commencer par venir à l’heure au service, consacrer plus de temps et d’énergie aux tâches lui incombant et moins de temps aux bavardages inutiles et autres ‘’affairages’’ ? C’est trop lui demander.

Parler et agir dans le but de renforcer la cohésion sociale, l’unité nationale, contribuer aux actions de développement du pays? Voilà les derniers de ses soucis.

Il a plutôt besoin de frimer, faire croire à ceux qu’il a spoliés de leur part du patrimoine commun qu’il est riche, important, qu’il a réussi. Et encore !

Alors, au lieu de se jeter la pierre pour une situation dont nous sommes tous comptables, si chacun se remettait en question et commençait déjà à bien effectuer son travail, notre Maliba ne s’en porterait-il pas mieux?

Dèbè Tall/Le Challenger

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