Mme Sacko Fatoumata Bintou Santara, Maire de Baguinéda-Camp :«Mon ambition pour ma commune…»

Fatoumata Bintou Santara, épouse Sacko officie, depuis le 7 juillet 2022, en qualité de Maire de la commune rurale de Baguinéda-Camp, à une quinzaine de km de Bamako. La quarantaine, Mme Sacko est sans doute l’une des plus jeunes dames de sa génération à assumer les charges d’édile. Mais enseignante de formation qui aime les défis ambitionne de grands projets pour le rayonnement de la commune de Baguinéda-Camp. Volontariste et pragmatique, elle imprime sa marque à la mairie à travers des initiatives d’assainissement, de la sécurisation des documents administratifs et du recouvrement des recettes. De par son engagement et sa forte capacité de résilience, la Maire de la commune rurale de Baguinéda-Camp incarne un leadership féminin à promouvoir et à soutenir.

Le 7 juillet 2022, Mme Sacko Fatoumata Bintou Santara a pris les commandes de la mairie de la commune rurale de Baguinéda-Camp au cours d’une session spéciale présidée par le Préfet du cercle de Kati, Arouna Diarra. Elle succède donc à Salia Diarra frappé d’incapacité d’exercer ses fonctions à la suite d’une condamnation pénale.
Deuxième sur la liste ADEM-MOREMA, il revenait à elle d’endosser les charges de maire conformément à la loi des collectivités territoriales. «Les voies du Seigneur sont impénétrables », dit-on. Cette enseignante diplômée de l’Institut de formation des Maîtres de Kayes, qui a enseigné à Kolokani puis à Yirimadio en commune VI du district de Bamako, n’avait jamais rêvé de porter les habits de Maire. «Quand je venais, c’était seulement pour être conseillère parce que mon village n’avait jamais de conseiller au niveau de la mairie. Je voulais juste que mon village ait son représentant au niveau de la mairie», nous a-t-elle confié, le 17 mars dernier, dans son bureau au cours d’un entretien à bâton rompu.

Venir remplacer un homme n’est pas facile
Lors des élections communales avortées de 2014, Mme Fatoumata Bintou Santara occupait la 13ème place sur la liste. Entre temps, le gouvernement de la République du Mali sous le leadership du Président Ibrahim Boubacar Kéita a adopté la Loi n°2015-052/P-RM du 18 décembre 2015 instituant des mesures pour promouvoir le genre dans l’accès aux fonctions nominatives et electives. Une revolution qui a permis l’ascension de nombreuses femmes, dont Mme Fatoumata Bintou Santara, qui fut propulsée deuxième sur la liste en 2016. Sur les 23 conseillers que compte le conseil communal, figure 5 femmes, dont la Maire.
Militante de plusieurs associations au niveau local, elle s’était intéressée aux activités de formations en plaidoyer et montage de projets menées par certaines organisations dont Oxfam. «Notre village accueillait quelques projets d’OXFAM, avec qui nous avons mené des activités, des formations, des ateliers avec les femmes. On a beaucoup appris concernant les plaidoyers, le montage de projets. C’est après tout ça que je représentais notre village. C’est ce qui m’a fait imprégner un peu les choses», a souligné Mme Sacko.
Elle raconte ses premiers jours dans le fauteuil de maire. Certains pensaient qu’elle n’y tiendrait pas un mois. «J’ai eu assez de difficultés. Étant une femme, venir remplacer un homme n’est pas facile. Les gens ne s’attendaient pas à ce que je fasse un mois…. ça me fait plus de 6 mois maintenant», explique-t-elle en mettant un accent particulier sur le soutien de ses adjoints. «Au début, ce n’était pas facile. Souvent, on me le disait : «comment une femme peut prétendre remplacer un homme? Le fauteuil, ce n’est pas pour les femmes! Laissez-ça, car c’est pour les hommes….
La jeune enseignante a dû menager au préalable les légitimes reserves de son proche entourage, notamment celles d’une mère inquiète. «Ma mère avait tellement peur ! Elle me demandait d’abandonner pour éviter d’être tuée», nous révéla-t-elle avec un large sourire. Mais à force d’arguments, elle parvint à dissiper les inquiétudes de cette dernière qui finira par accepter sa décision. «Je lui ai dit que c’est une chance, une occasion que je dois saisir pour montrer que les femmes peuvent aussi apporter un changement».
Mme Sacko, qui déploie beaucoup d’efforts pour concilier ses activités politiques et professionnelles avec sa vie de famille, se réjouit de la compréhension de son époux. «Il me comprend», souligne-t-elle avec un large sourire qui trahit sa joie.

Des actes dans lesens du changement
Depuis son installation, elle a travaillé à rassembler tout le monde. Elle écoute attentivement son interlocuteur sans se laisser influencer et privilégie la démarche pédagogique tout en restant ferme dans ses convictions.
Mme Sacko Fatoumata Bintou Santara veut que la commune de Baguinéda soit vue autrement. Engagée et determinée à apporter le changement nécessaire pour atteindre ce noble dessein, elle multiplie les actes pour une gestion plus transparente des affaires communales. Depuis son arrivée, elle oeuvre à assainir le secteur foncier en commençant par lutter contre les faux documents. «J’ai essayé de relancer certaines choses. Au départ, la population n’avait pas du tout compris. Même les conseillers aussi n’avaient pas compris au début mais avec l’insistance et la volonté de changement, ça commence à aller.
Je veux vraiment apporter du changement surtout concernant le foncier avec lequel on avait assez de problèmes. Tout le monde parlait de Baguineda. J’ai essayé d’organiser un peu le foncier, en cherchant un géomètre pour appuyer la mairie. Je vais essayer aussi de diminuer les fraudes. Ici, on a assez de problèmes avec les documents. La majeure partie des documents sont falsifiés par des personnes qui ne sont même pas des maires», révèle-t-elle.
Elle a également réussi à relancer les recouvrements grâce au soutien des chefs de villages et conseillers qui ont adhéré à sa volonté. « Maintenant ça commence à aller avec le recouvrement. On fait des entrées», se rejouit-elle. Elle a de nombreux projets pour le développement de sa commune. Elle veut faire de Baguinéda, une collectivité où il fait bon vivre avec des infrastructures adéquates dans les domaines de l’éducation et de la santé. Dans la conception de ses projets, elle tient compte du fait que Baguineda est une zone de maraîchages, surtout pour les femmes.
La Maire ambitionne de sécuriser les champs des femmes avec des documents appropriés. «Dans les villages, souligne-t-elle, les femmes ont des champs mais n’ont pas de documents. Je voudrais vraiment sécuriser ces champs avec les documents appropriés….»

«J’aimerai aussi avoir un marché à légumes à Baguineda»
Au niveau de l’Office du Périmètre irrigué de Baguinéda, elle guette des nouveaux aménagements en vue de plaider afin que les femmes puissent bénéficier des champs individuels ou collectifs. Mais ce n’est pas tout, déclare Mme le maire qui a manifestement de la suite dans les idées. «J’aimerai aussi avoir un marché à légumes à Baguinéda». La construction de ce marché à légumes devrait contribuer à renforcer l’économie locale avec une augmentation des revenus des femmes qui perdent beaucoup dans l’acheminement de leurs produits vers Bamako. Elle est à la recherche de partenariats permettant la transformation de certains produits agricoles comme la tomate sur place.
En jettant un regard sur le processus de décentralisation au Mali, elle pointe du doigt le manque d’appui et de formation des collectivités. «Si les compétences ont été transferées, il faut que l’accompagnement suive aussi par la formation, notamment dans certains domains-clés comme l’éducation ou la santé».
La Maire de Baguinéda lance un appel aux femmes qui s’engagent en politique :«Il faut bien vous préparer. Car être dans la politique parmi les hommes n’est pas chose facile. Être dans une association ou un parti politique, c’est bien, mais il est important avoir des fonds.» Car en réalité, avoue-t-elle, c’est le fonds qui manque le plus chez les femmes. «Les hommes ont des fonds que nous. Le montant à payer pour être tête de liste est trop élévé pour les femmes».
Outre le manque de fonds, Mme Sacko suggère un meilleur accompagnement des femmes par une formation politique. «Souvent on vient en politique, on sait comment mobiliser les gens mais il faut toujours avoir une formation politique. Car être élue c’est bien, mais comment gérer ou assumer cette responsabilité c’est encore mieux». Elle invite les femmes à plus de solidarité entre elles et souhaite l’élection de plus de femmes lors des futures échéances.

CD/Le Challenger

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