Entre Nous : Ces enlèvements en série…

Si le phénomène n’est pas nouveau dans la capitale malienne, il a pris de l’ampleur depuis les événements d’août 2020 qui ont mis fin au pouvoir d’Ibrahim Boubacar Kéita. Il s’agit de ces enlèvements de personnes, manifestement bien ciblées, qui se multiplient. En voici quelques cas emblématiques.

Le Président de l’Association malienne de lutte contre la Corruption et la Délinquance financière, Moussa Ousmane Touré, a été enlevé, le 28 octobre 2020, aux environs de 17 heures non loin du Monument «Bougiba» à l’ACI 2000. Les auteurs du rapt, des hommes armés non identifiés à bord d’un véhicule 4X4 de marque Toyota, l’ont conduit à la périphérie de Bamako pour le molester. Son ordinateur, son téléphone portable et des documents qu’il s’apprêtait à remettre à l’Office Central de Lutte Contre l’Enrichissement Illicite (OCLEI) ont disparu. Très actif dans les dénonciations des faits de corruption, Moussa Ousmane Touré avait touché aux questions militaires.

En avril 2022, Hammadoun Kounta dit Kounta n°01, chroniqueur très célèbre sur WhatsApp, a été enlevé et séquestré par des hommes armés. Quand ses ravisseurs l’ont libéré, son corps portait les traces de violences physiques.

En décembre 2022, Mamady Dioula Dramé, Co-fondateur du Mouvement Ensemble pour le redressement – MER- a disparu. A sa réapparition, le jeune leader de la société civile a déclaré avoir subi des sévices. Tout comme un de ses camarades du même mouvement, Séidina Oumar Maïga, également «enlevé et bastonné».

Un militant du MPPM, Moussa Tamboura, a aussi disparu de la même manière. Après quelques jours de séquestration, il a pu rejoindre sa famille. Le mouvement dont il est membre est très critique à l’encontre des autorités militaires et civiles de la transition. Il dénonce régulièrement, à travers des communiqués au vitriol, la gestion des affaires publiques.

Le 6 avril 2023, Aliou Touré, Directeur de publication du journal «Le Démocrate-Mali» a été enlevé à Bamako après une conférence de presse du Collectif pour le développement de la République (CDR) dont il fut l’un des animateurs. Il a été abandonné par ses ‘’geôliers’’ le 10 avril, en début de soirée. La cellule de crise des organisations professionnelles de la presse, mise en place pour sa libération, exige que «toute la lumière soit faite autour de cette affaire ».

La semaine dernière, c’était le tour du vidéoactiviste Idriss Martinez Konipo de Mediatik TV. Après sa libération, il présentait des séquelles de son enlèvement.

Ces différents enlèvements ont le même mode opératoire avec le dénominateur commun que les victimes sont reconnues comme des critiques des autorités de transition. Après la lutte menée par le M5-RFP, dont le Président du Comité stratégique coordonne l’action gouvernementale depuis juin 2021, de tels actes sont aussi condamnables que répréhensibles !

Pourtant, ils ne semblent déranger aucune autorité publique. La preuve : le ministre de la Justice et des Droits de l’homme, Garde des sceaux, Mamoudou Kassogué, n’a fait jusque-là, le moindre communiqué pour demander au Procureur général près la Cour d’appel de Bamako l’ouverture d’une enquête. Ce qui est paradoxal de la part d’un homme qui s’est toujours illustré par sa réactivité à donner des instructions aux magistrats du ministère public. Que cache ce silence du Procureur général et des Procureurs de la République près les Tribunaux de grande instance de Bamako ?

A ce jour les seuls à saluer, pour avoir eu le courage de dénoncer ces abus et dérives, sont la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH) et le Conseil de l’Ordre des avocats du Mali. Les enlèvements, tortures et autres sévices corporels et moraux ne sauraient être des pratiques dignes d’un Etat de droit. Au lieu de les intimider par de telles violences, pourquoi ne pas recourir aux instances appropriées pour poursuivre ces personnes, leur dire ce qui leur est reproché comme crimes ? Car si les pratiques en cours devaient perdurer, nul ne peut prédire tous les abus auxquels elles pourraient aboutir.

Chiaka Doumbia/Le Challenger

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