Environnement:Le Mali se détruit au profit de la Chine

La République populaire de Chine, pour son plus grand bien et pour le bien de toute l’humanité, est en train d’atteindre tous ses objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre, de transition de sa production énergétique, des énergies carbonées aux énergies renouvelables, de protection de son environnement et de sa biodiversité.

Elle est en avance de 5 ans sur son objectif de production d’électricité à partir de sources renouvelables. Elle l’atteindra en 2025 au lieu de 2030. Elle est à la pointe des développements technologiques en matière de conception et de production des panneaux photovoltaïques. Aucun pays au monde n’est en avance sur elle dans ce domaine.
La République populaire de Chine est la deuxième économie du monde. D’ici à 2050, de l’avis de nombreux économistes, elle sera indiscutablement la première puissance économique du monde. En tout cas, cela est l’objectif clairement affiché par son président Xi Jinping.
Elle est le premier pays d’approvisionnement du Mali en produits non pétroliers. En revanche, la Chine n’est que le 9è marché d’exportation du Mali avec des montants inférieurs à moins de 1% des exportations maliennes. De plus, le Mali n’exporte rien de stratégique en Chine. Rien dont la Chine ne peut se passer ou ne peut trouver sur un autre marché. Le commerce international avec le Mali représente moins de 0,09% du commerce international chinois.
Par ailleurs, la République populaire de Chine est le premier pays créancier du Mali avec un montant de créances qui s’élevaient en fin 2021 à plus de 337 milliards de FCFA. Autrement dit, le Mali ne doit à aucun autre pays au monde de l’argent autant qu’à la Chine. Plus de 99,9% de ces créances sont dues par le gouvernement de la République du Mali.
De plus, la Chine est l’un des cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU. Etant donné les relations pour le moins tendues du Mali avec les Occidentaux, voire carrément hostiles avec la France, les deux membres permanents non Occidentaux du Conseil de sécurité des Nations Unies prennent encore plus d’importance dans la diplomatie malienne.
Depuis l’accession du Mali à l’indépendance, la République populaire de Chine n’a cessé d’aider le Mali. Elle a envoyé des enseignants chinois enseigner aux élèves maliens des disciplines où il y avait un grand déficit d’enseignants maliens dans les années 60-70, en mathématiques notamment. Elle a financé gratuitement de nombreux et grands projets de développement. Le plus emblématique est le pont de l’amitié Mali-Chine communément appelé « troisième pont ».
Cette coopération de la République populaire de Chine n’avait ni arrière-pensée économique, ni motifs de domination idéologique. La Chine a été altruiste avec le Mali autant qu’un Etat puisse l’être dans les relations internationales.
Avec le début de l’exploitation de Lithium dans le cercle de Bougouni par une entreprise chinoise, le Mali commencera à avoir un léger intérêt stratégique pour la Chine. Très léger tout de même parce que d’autres pays africains sont aussi prêts à laisser les Chinois apporter leurs capitaux et leur savoir-faire.
De ce qui précède l’on peut aisément conclure que le Mali ne peut prendre le risque de s’aliéner la République populaire de Chine. Or, si la Chine ne transige pas sur un sujet c’est le traitement des Chinois établis à l’étranger par les autorités des pays hôtes. Les Canadiens l’ont appris amèrement à leurs dépens dans l’affaire qui a concerné la responsable financière du groupe Huaweï. Cependant, des ressortissants chinois posent de grands problèmes à la nation malienne.
Présents dans l’exploitation et l’exportation illégale de bois malien, en complicité avec des entrepreneurs privés et au nez et à la barbe des services publics concernés (DGCC, Douanes, eaux et forêts, ministère de l’environnement, Primature, Présidence de la République), des nationaux chinois dévastent les dernières formations végétales du Mali. Toute la ceinture sud du pays est concernée. De la région de Sikasso à la région de Kayes en passant par celle de Koulikoro. Le caïlcédrat (Djalla en bamanankan) le Vène [Pterocarpus erinaceus] (Guénou en bamanankan) sont les espèces les plus dévastées.
Ce commerce illégal qui enfreint la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES) depuis au moins 2017, génère des revenus faramineux pour ceux qui s’y adonnent. De 2017 à 2022, les exportations illégales cumulées se sont élevées à plus de 250 millions de dollars US.
Comment mesure-t-on l’ampleur financière de ce phénomène délétère ? Très simplement. La République populaire de Chine disposant d’un Etat sérieux et efficace ne laisse quasiment rien entrer sur son territoire sans le faire enregistrer auprès de ses services douaniers.
Les services douaniers chinois dans leurs statistiques d’importations indiquent les montants et les quantités de tous les produits importés en Chine. Il suffit donc de comparer les statistiques des importations de bois de la Chine en provenance du Mali aux statistiques des exportations de bois du Mali à destination de la Chine. C’est cette comparaison, sur la base des données de UN COMTRADE, qui permet d’obtenir les montants susmentionnés.
Depuis l’époque du Mali Kôrô, cette pratique illégale est dénoncée. Mais même à l’époque du Mali Koura, elle continue. Faut-il qu’il n’y ait plus d’arbres à couper pour que les criminels environnementaux s’arrêtent ? Ou faut-il que le Mali Koura devienne une réalité ?
De nombreux articles scientifiques et des articles de presse encore plus nombreux rendent compte du phénomène depuis au moins 2013. La réponse des autorités maliennes a toujours été en pratique, en dernière instance : nous ne sommes que de passage ; nous nous sucrons autant que nous pouvons ; le Mali peut mourir, nous investissons à l’étranger ; la terre peut même s’ouvrir le ventre tant que nous nous enrichissons tout va bien.
Ce qui est en jeu ici, c’est la survie même de la nation malienne. Si l’on coupe et exporte tous nos arbres comment ferions-nous pour obtenir du bois de chauffe ? Comment nos terres seront-elles protégées de l’érosion ? Comment nos champs seront-ils arrosés par les pluies ? Comment allons-nous résister aux impacts des changements climatiques ? Comment allons-nous supporter les vagues de chaleur ?
Les plus gros arbres ont été déjà décimés. Les forêts dites classées ne le sont que de nom. Il n’y a de campagnes de reboisement ou de régénération du couvert végétal que de nom. Sur le terrain c’est zéro résultat et zéro impact.
Si les autorités maliennes actuelles ne veulent pas ou ne peuvent pas s’attaquer aux Maliens qui sont complices de cet écocide, alors elles peuvent au moins demander à la République populaire de Chine, en vertu de la CITES et des liens de coopération entre la Chine et le Mali, de bannir les importations de bois en provenance du Mali.
Le Mali peut éventuellement s’associer aux pays africains concernés par le même problème pour faire cette demande à la République populaire de Chine. Cela est faisable d’autant plus que les importations de bois rouge ne sont nullement stratégiques pour la Chine.
De même, financièrement, elles ne représentent quasiment rien dans le commerce international chinois. Par contre, pour nous autres Maliens, les conséquences environnementales sont incommensurables. Si nous détruisons notre environnement au rythme où on le fait, dans 25 ans, il n’y aura plus de Mali. Même si de nombreux Maliens dans la sphère publique s’activent à raccourcir cette échéance !

Abdoulaye Shaka Bagayogo/L’Oeil du Mali

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