Antonio Guterres, Secrétaire général de l’Onu : L’architecture financière mondiale ne profite qu’aux seuls pays développés

 

Jamais le financement du développement dans le monde n’a été aussi au cœur des attentions, des défis et des difficultés. Pendant que le Sommet des Nations Unies sur le développement durable bouclait ses travaux, le Rapport 2023 de l’Onu sur le développement dans le monde sonnait l’alerte.

Du 18 au 23 septembre 2023, pas moins de 143 chefs d’Etat et de gouvernement se sont réunis au siège de l’Onu pour la 78è Assemblée générale consacrée en priorité au Développement. Si ce Sommet a été marqué par plusieurs absences dont celle d’Emmanuel Macron et Vladimir Poutine, elle l’aura été aussi par la velléité face à la nécessité de la refondation des systèmes financiers mondiaux évoqués par le Secrétaire général des Nations Unies, les ministres des Affaires étrangères du Mali et de la RCI. Le développement est en trêve dans le monde.  

Sur les Objectifs de Développement Durable que 193 pays, dont le Mali, s’étaient engagés à atteindre en 2015, notamment pour éliminer l’extrême pauvreté, assurer à la suite des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD), une éducation de qualité pour tous et partout dans le monde. Cependant, sauf miracle, les Objectifs de Développement Durable risquent de ne pas être atteints avant 2030, année de l’échéance de leur mise en œuvre.

En effet, le Rapport spécial des Nations unies est sans équivoque. «Si la tendance actuelle se maintient, 575 millions de personnes vivront encore dans l’extrême pauvreté en 2030». Une alerte, qui doit préparer les esprits bienveillants, notamment en Afrique, que le cachet ‘’sous-développé’’ du continent risque d’être encore présent dans les années à venir.

Alertes

Il est choquant de constater, selon les indicateurs de l’Onu, que la faim a atteint des niveaux record depuis 2005. Les prix de denrées alimentaires restent insupportables dans les pays pauvres, constate le document. « Au rythme actuel où vont les choses, il faudra 286 ans pour combler les disparités fondées sur le genre en matière de projection juridique, et supprimer les lois discriminatoires». On n’en n’est pas moins en retard, en matière d’éducation dans les pays moins développés, surtout en Afrique. Dans l’éducation, les conséquences du non ou du sous-investissement ne se feront pas attendre longtemps : terrorisme, pauvreté, chômage, migration, conflits… En 2030, les prévisions pour se projeter dans l’avenir ne rassurent pas. Quelque 84 millions d’enfants seront non scolarisés et 300 millions d’enfants ou de jeunes scolarisés quitteront l’école « en ne sachant ni lire ni écrire ». Ces constats sont effroyables et les dirigeants africains se sont fait entendre lors du sommet de haut niveau.

Financer le développement «concrètement»

Dans tous les cas, il faudra agir. «Les multiples défis appellent à la reforme de l’architecture dédiée des Nations Unies» a plaidé SE Abdoulaye Diop. « Le Mali réitère son soutien à la demande légitime du Continent africain en faveur de la reforme du Conseil de sécurité et continue de plaider pour la reforme de la Gouvernance économique, financière et politique mondial ». Même son de cloche émis par plusieurs pays de la sous-région, notamment la Côte d’Ivoire.

Le financement du développement est le carburant qui fera « avancer » notre monde. Aujourd’hui, il est de toute évidence que ce carburant s’épuise et le moteur du développement durable a des ratés selon le Secrétaire général de l’Onu. Dans son discours officiel, Antonio Guterres a fixé des caps. Et s’est voulu récapitulatif.

Les engagements en matière d’Aide publique au développement et de financement de l’action climatique ne sont pas respectés. « Le fossé se creuse entre les pays qui peuvent accéder à des financements à des conditions raisonnables et ceux qui ne le peuvent pas se retrouvent encore plus à la traîne» a-t-il déclaré. Les chiffres sont éloquents d’après le Secrétaire général de l’Onu, qui en dénombre trois exemples. D’après lui, «le déficit de financement des Objectifs de Développement Durable est devenu un gouffre, estimé à 3,900 milliards de dollars par an». Les raisons sont diverses et multiples « les pays en développement se trouvent face à des coûts d’emprunt jusqu’à huit fois supérieurs à ceux notamment des pays européens et c’est le piège de l’endettement». Guterres est encore plus alerte sur ce qui pourrait advenir si l’on en reste là « un pays sur trois dans le monde est aujourd’hui exposé à un risque élevé de crise budgétaire ». D’après lui « plus de 40% des personnes vivant dans l’extrême pauvreté se trouvent dans des pays confrontés à de graves problèmes d’endettement».

Sans jeter les efforts dans la poubelle, Guterres a salué « plusieurs mesures de bonne foi ont été prises pour aider les économies en développement à survivre à cette crise du financement, comme l’Initiative du G20 pour la suspension du service de la dette et l’allocation de droits de tirage spéciaux par le Fonds monétaire international ». « Mais cela ne suffit pas » a-t-il reconnu. « Il est évident que les problèmes systémiques du financement du développement durable exigent une solution systémique : une réforme de l’architecture financière mondiale. »

Pour autant, plongé dans les réalités de l’antiquité, il a appelé à une nouvelle forme de financement du développement, notamment par la Banque mondiale ou encore le FMI. «Cette architecture a été créée à une époque où de nombreux pays en développement étaient encore sous domination coloniale, elle est profondément déséquilibrée en faveur des pays développés».

Ousmane Tangara/Le Challenger

 

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