{"id":1897,"date":"2025-07-03T11:43:05","date_gmt":"2025-07-03T11:43:05","guid":{"rendered":"https:\/\/maliafrique.ml\/?p=1897"},"modified":"2025-07-03T11:43:06","modified_gmt":"2025-07-03T11:43:06","slug":"benbereverif-desinformation-au-sahel-une-menace-aux-multiples-visages","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/maliafrique.ml\/index.php\/2025\/07\/03\/benbereverif-desinformation-au-sahel-une-menace-aux-multiples-visages\/","title":{"rendered":"BenbereVerif : D\u00e9sinformation au Sahel, une menace aux multiples visages"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>De la manipulation des r\u00e9cits sur la souverainet\u00e9, aux rumeurs sur la sant\u00e9, la d\u00e9sinformation impr\u00e8gne tous les aspects de la vie sociale au Sahel, exacerb\u00e9e par l\u2019analphab\u00e9tisme et la fracture num\u00e9rique.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au Sahel, la d\u00e9sinformation prend des formes multiples, souvent li\u00e9es au contexte politique et s\u00e9curitaire. Mohamed Gago, journaliste nig\u00e9rien, souligne l\u2019impact des r\u00e9cits import\u00e9s : \u00ab Les fausses informations qui circulent au Niger sont souvent v\u00e9hicul\u00e9es par des gens hors du pays. Par exemple, des rumeurs sur des milliards de francs CFA retrouv\u00e9s chez d\u2019anciens dignitaires, ou sur l\u2019interdiction d\u2019exporter des c\u00e9r\u00e9ales vers [les pays de] la Cedeao ont inond\u00e9 WhatsApp. \u00bb Ces narratifs, souvent orchestr\u00e9s, exploitent les th\u00e8mes de la souverainet\u00e9 et des relations internationales.<br>Au Mali, Abdoulaye Diarra, sp\u00e9cialis\u00e9 dans la v\u00e9rification des faits, pointe les fausses informations ciblant les autorit\u00e9s publiques et la s\u00e9curit\u00e9 : \u00ab Les infox tournent beaucoup autour des autorit\u00e9s et de la lutte contre le terrorisme. Des rem\u00e8des miracles envahissent Facebook, pr\u00e9tendant gu\u00e9rir la dr\u00e9panocytose ou le diab\u00e8te, nuisibles aux efforts de sant\u00e9 publique. \u00bb<br>Au Burkina Faso, Alex Par\u00e9, sp\u00e9cialiste, observe une polarisation autour de la s\u00e9curit\u00e9 et de l\u2019anti-imp\u00e9rialisme : \u00ab Les rumeurs sur des complots de d\u00e9stabilisation, comme celle des motos saisies \u00e0 la fronti\u00e8re ivoirienne sont amplifi\u00e9es pour accuser des pays voisins de soutenir le terrorisme. \u00bb<br><strong>Th\u00e9matiques sensibles<\/strong><br>Les th\u00e9matiques les plus touch\u00e9es par la d\u00e9sinformation refl\u00e8tent les pr\u00e9occupations majeures des populations sah\u00e9liennes. Au Niger, Mohamed Gago note \u00ab la souverainet\u00e9, la politique et la sant\u00e9 sont les plus vis\u00e9es. On parle d\u2019usines d\u2019armement fictives ou de pr\u00e9tendues \u00e9pid\u00e9mies, comme la variole du singe. \u00bb Au Mali, Abdoulaye Diarra insiste sur la sant\u00e9 publique : \u00ab Les fausses informations sur des rem\u00e8des traditionnels sapent les campagnes de sensibilisation sanitaire. \u00bb<br>Les r\u00e9seaux sociaux, notamment WhatsApp, TikTok et Facebook, dominent la d\u00e9sinformation. Mohamed Gago explique : \u00ab Au Niger, ce sont les principaux vecteurs, mais le bouche-\u00e0-oreille reste puissant, dans les zones rurales. \u00bb Abdoulaye Diarra confirme cette tendance au Mali : \u00ab TikTok est en t\u00eate, suivi de Facebook et YouTube. WhatsApp est aussi utilis\u00e9, mais il est difficile \u00e0 quantifier. \u00bb Alex Par\u00e9, lui, nuance : \u00ab Il y a un flux entre Facebook, Telegram et WhatsApp. Les contenus sensibles, comme les th\u00e9ories du complot, migrent vers des groupes priv\u00e9s pour \u00e9chapper \u00e0 la censure. \u00bb<br>L\u2019analphab\u00e9tisme et la fracture num\u00e9rique aggravent cette dynamique. \u00ab Les analphab\u00e8tes sont des cibles faciles, car faiblement outill\u00e9s face aux informations en ligne \u00bb, d\u00e9plore Abdoulaye Diarra. Mohamed Gago abonde : \u00ab Au Niger, beaucoup consid\u00e8rent les r\u00e9seaux sociaux comme des sources fiables, ce qui facilite la manipulation. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Entre influenceurs et ing\u00e9rences \u00e9trang\u00e8res<\/strong><br>Les relais de la d\u00e9sinformation sont vari\u00e9s. Au Niger, Mohamed Gago identifie \u00ab des acteurs \u00e9trangers, des influenceurs, des soutiens politiques et des groupes arm\u00e9s cr\u00e9\u00e9s apr\u00e8s le coup d\u2019\u00c9tat de juillet 2023 \u00bb. Il \u00e9voque des campagnes coordonn\u00e9es, visant \u00e0 glorifier l\u2019Alliance des \u00c9tats du Sahel ou \u00e0 d\u00e9nigrer la Communaut\u00e9 \u00e9conomiques des \u00c9tats de l\u2019Afrique de l\u2019Ouest (C\u00e9d\u00e9ao).<br>Au Mali, Abdoulaye Diarra pointe \u00ab des web-activistes soutenus par des r\u00e9seaux russes, fran\u00e7ais ou chinois, mais aussi par les autorit\u00e9s locales. L\u2019opacit\u00e9 du financement rend leur identification complexe. \u00bb Alex Par\u00e9 met en lumi\u00e8re une nouvelle dynamique : \u00ab Des entrepreneurs num\u00e9riques anglophones bas\u00e9s au Nigeria et au Ghana exploitent des sujets anti-imp\u00e9rialistes pour g\u00e9n\u00e9rer des clics. Ils diffusent des r\u00e9cits fictifs, comme des cit\u00e9s modernes attribu\u00e9es au Burkina Faso.\u00bb<br>Face \u00e0 ce fl\u00e9au, des initiatives \u00e9mergent, mais elles se heurtent \u00e0 des obstacles. Au Niger, Gago note que \u00ab l\u2019\u00c9tat a renforc\u00e9 le cadre juridique contre la cybercriminalit\u00e9, mais il mise trop sur la r\u00e9pression qui attire paradoxalement plus d\u2019abonn\u00e9s aux relais de d\u00e9sinformation. Les ONG, comme l\u2019ANWEB, traduisent des contenus \u00e9ducatifs en langues locales, mais manquent de moyens. \u00bb<br>Diarra, lui, insiste sur l\u2019\u00e9ducation aux m\u00e9dias : \u00ab Il faut multiplier les formations dans l\u2019\u00e9ducation pour d\u00e9velopper l\u2019esprit critique, m\u00eame chez les professeurs qui partagent parfois des infox. \u00bb Pour sa part, Par\u00e9 \u00e9voque les limites d\u2019un contexte autoritaire : \u00ab Fasocheck doit faire preuve de diplomatie, pour \u00e9viter la censure. L\u2019\u00c9tat lui-m\u00eame produit parfois de la d\u00e9sinformation qualifi\u00e9e de communication strat\u00e9gique. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Vers des solutions durables<br>Pour endiguer la d\u00e9sinformation, les trois experts appellent \u00e0 des approches multisectorielles. Gago recommande de \u00ab renforcer les capacit\u00e9s des associations et de poursuivre la sensibilisation dans les langues locales. \u00bb Abdoulaye Diarra insiste sur l\u2019\u00e9ducation : \u00ab Il faut enseigner d\u00e8s l\u2019\u00e9cole comment v\u00e9rifier une information avant de la partager. \u00bb Par\u00e9 va plus loin : \u00ab La lutte contre la d\u00e9sinformation doit devenir une politique nationale, int\u00e9gr\u00e9e aux curricula scolaires. \u00c0 l\u2019\u00e9chelle r\u00e9gionale, l\u2019Union africaine et la Cedeao devraient n\u00e9gocier avec les plateformes num\u00e9riques, pour mieux mod\u00e9rer les contenus, comme l\u2019UE avec le Digital Service Act. \u00bb<br>La d\u00e9sinformation au Sahel est un fl\u00e9au qui exploite les failles sociales, num\u00e9riques et \u00e9ducatives. En combinant sensibilisation, \u00e9ducation aux m\u00e9dias et r\u00e9gulation des plateformes, les pays du Sahel pourraient mieux armer leurs populations contre ce ph\u00e9nom\u00e8ne. Par\u00e9 conclut : \u00ab C\u2019est une question de sant\u00e9 publique. Sans une action concert\u00e9e, la d\u00e9sinformation continuera de diviser et de fragiliser nos soci\u00e9t\u00e9s. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\"><strong>Par Oumar Sankar\u00e9.<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De la manipulation des r\u00e9cits sur la souverainet\u00e9, aux rumeurs sur la sant\u00e9, la d\u00e9sinformation impr\u00e8gne tous les aspects de la vie sociale au Sahel,<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":1898,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[56],"tags":[],"class_list":["post-1897","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-societe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/maliafrique.ml\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1897","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/maliafrique.ml\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/maliafrique.ml\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/maliafrique.ml\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/maliafrique.ml\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1897"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/maliafrique.ml\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1897\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1899,"href":"https:\/\/maliafrique.ml\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1897\/revisions\/1899"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/maliafrique.ml\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1898"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/maliafrique.ml\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1897"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/maliafrique.ml\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1897"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/maliafrique.ml\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1897"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}