{"id":3781,"date":"2026-01-29T17:25:03","date_gmt":"2026-01-29T17:25:03","guid":{"rendered":"https:\/\/maliafrique.ml\/?p=3781"},"modified":"2026-01-29T18:04:24","modified_gmt":"2026-01-29T18:04:24","slug":"moussa-makan-camara-president-de-la-fondation-balanzan-analyse-les-dynamiques-interne-et-externe-de-la-crise-malienne-piste-pour-une-sortie-pacifique-et-durable-dune-crise","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/maliafrique.ml\/index.php\/2026\/01\/29\/moussa-makan-camara-president-de-la-fondation-balanzan-analyse-les-dynamiques-interne-et-externe-de-la-crise-malienne-piste-pour-une-sortie-pacifique-et-durable-dune-crise\/","title":{"rendered":"Moussa Makan Camara, Pr\u00e9sident de la Fondation Balanzan, analyse les dynamiques &#8211; interne et externe &#8211; de la crise malienne : Piste pour une sortie\u00a0 pacifique\u00a0 et durable d\u2019une crise hybride et auto-entretenue"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>La crise malienne, entr\u00e9e dans une phase aigu\u00eb en 2012, ne peut \u00eatre comprise comme un simple \u00e9pisode d\u2019effondrement politique, institutionnel et&nbsp; s\u00e9curitaire. Elle constitue une crise syst\u00e9mique, \u00e0 la fois politique, territoriale, sociale et institutionnelle, dont les causes et les manifestations se d\u00e9ploient \u00e0 plusieurs niveaux. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, la crise r\u00e9sulte de fragilit\u00e9s internes profondes : faiblesse de l\u2019\u00c9tat, gouvernance contest\u00e9e, in\u00e9galit\u00e9s territoriales, tensions communautaires et effritement du contrat social. De l\u2019autre, elle est amplifi\u00e9e par un environnement externe instable : porosit\u00e9 des fronti\u00e8res, circulations transnationales de combattants et d\u2019armes, recomposition g\u00e9opolitique au Sahel, interventions internationales et rivalit\u00e9s d\u2019influence. Parler de \u00ab dynamique interne et externe \u00bb revient donc \u00e0 analyser un ph\u00e9nom\u00e8ne hybride,&nbsp; endog\u00e8ne par ses racines, mais exog\u00e8ne par ses vecteurs d\u2019intensification. Dans cette perspective, l\u2019enjeu n\u2019est pas d\u2019opposer l\u2019interne \u00e0 l\u2019externe, mais de montrer leur interaction constante : l\u2019interne attire l\u2019externe, l\u2019externe reconfigure l\u2019interne. C\u2019est \u00e0 partir de cette articulation que se comprend la persistance de la crise, malgr\u00e9 les accords de paix, les interventions militaires, les transitions politiques et les efforts de stabilisation.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les lignes qui suivent se proposent d\u2019\u00eatre une lecture structur\u00e9e de cette double dynamique en examinant d\u2019abord les m\u00e9canismes internes de production de la crise (I), puis ses d\u00e9terminants externes (II), avant de montrer comment l\u2019interaction entre ces deux dimensions produit un cycle de conflit et de fragilisation de l\u2019\u00c9tat (III).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>I. La dynamique interne : un \u00c9tat fragilis\u00e9 face aux fractures politiques, institutionnelles&nbsp; et s\u00e9curitaires.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>La&nbsp; dynamique interne de la crise malienne se caract\u00e9rise notamment par&nbsp; un \u00c9tat&nbsp; \u00e9cartel\u00e9 entre&nbsp; souverainet\u00e9 formelle et autorit\u00e9 contest\u00e9e, entre centre et p\u00e9riph\u00e9ries, une gouvernance assez fr\u00e9quemment en crise de l\u00e9gitimit\u00e9, une ins\u00e9curit\u00e9 int\u00e9rieure mat\u00e9rialis\u00e9e par la diffusion de la violence, des conflits communautaires anim\u00e9s&nbsp; par des milices et des cycles de repr\u00e9sailles et une \u00e9conomie de crise.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La dynamique interne de la crise malienne renvoie d\u2019abord \u00e0 une crise de l\u2019\u00c9tat en tant qu\u2019institution souveraine. Dans l\u2019ordre moderne, l\u2019\u00c9tat est cens\u00e9 exercer un pouvoir exclusif sur un territoire donn\u00e9, disposer du monopole de la violence l\u00e9gitime, garantir la s\u00e9curit\u00e9 et faire respecter la loi. Or, au Mali, cette souverainet\u00e9 s\u2019\u00e9tait progressivement transform\u00e9e en souverainet\u00e9 incompl\u00e8te, parfois r\u00e9duite \u00e0 un statut symbolique. Cette fragilit\u00e9 se manifeste par plusieurs sympt\u00f4mes : une pr\u00e9sence administrative irr\u00e9guli\u00e8re dans certaines zones ; une difficult\u00e9 \u00e0 assurer la continuit\u00e9 du service public ; une incapacit\u00e9 \u00e0 prot\u00e9ger durablement les populations&nbsp; et une concurrence d\u2019autorit\u00e9s parall\u00e8les, parfois plus influentes localement etc. Dans les espaces o\u00f9 l\u2019\u00c9tat est absent ou per\u00e7u comme faible, d\u2019autres acteurs occupent le vide : groupes arm\u00e9s terroristes imposant un ordre coercitif, groupes d\u2019autod\u00e9fense, mouvements politico-militaires etc. L\u2019autorit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat devenait alors&nbsp; une autorit\u00e9 n\u00e9goci\u00e9e, fragment\u00e9e, et parfois subordonn\u00e9e \u00e0 des rapports de force locaux. Dans cette logique, la crise malienne est autant une crise de s\u00e9curit\u00e9, qu\u2019une crise de l\u2019\u00c9tat comme institution capable d\u2019organiser le vivre-ensemble.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un second moteur interne est la question territoriale. La crise malienne met en \u00e9vidence une g\u00e9ographie de la vuln\u00e9rabilit\u00e9 : certains espaces sont mieux int\u00e9gr\u00e9s et mieux gouvern\u00e9s que d\u2019autres. L\u2019axe Bamako \u2013 Koulikoro &#8211; S\u00e9gou \u2013 Mopti &#8211; Sikasso concentre historiquement l\u2019essentiel des infrastructures, de l\u2019administration et des opportunit\u00e9s \u00e9conomiques, tandis que les autres&nbsp; r\u00e9gions sont caract\u00e9ris\u00e9es par&nbsp; l\u2019\u00e9loignement des centres de d\u00e9cision,&nbsp; la faiblesse des investissements publics, des services sociaux insuffisants et une int\u00e9gration \u00e9conomique limit\u00e9e. Si la crise de 2012 n\u2019a pas cr\u00e9\u00e9 cette fracture,&nbsp; elle l\u2019a rendue&nbsp; plus visible et l\u2019a transform\u00e9e radicalement&nbsp; en enjeu majeur. La&nbsp; nagu\u00e8re perte de contr\u00f4le de certaines zones du Nord du Mali&nbsp; a montr\u00e9 que l\u2019\u00c9tat malien pouvait exister juridiquement tout en \u00e9tant absent concr\u00e8tement. La question territoriale ne se limite&nbsp; pas&nbsp; \u00e0 une opposition Nord\/Sud. En effet,&nbsp; depuis le milieu des ann\u00e9es 2010, les&nbsp; r\u00e9gions du centre du pays&nbsp; \u00e9taient&nbsp; devenues un \u00e9picentre de violence, r\u00e9v\u00e9lant que la fragilit\u00e9 territoriale s\u2019\u00e9tend et se transforme en profondeur. Ainsi, la crise territoriale est aussi une crise de l\u2019\u00e9galit\u00e9 d\u2019acc\u00e8s \u00e0 la protection et aux services publics.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La gouvernance constitue un levier central de compr\u00e9hension de la crise qui a \u00e9t\u00e9 aliment\u00e9e par une \u00e9rosion progressive de la confiance entre l\u2019\u00c9tat et les citoyens. Cette d\u00e9fiance s\u2019explique par plusieurs facteurs : persistance de&nbsp; la corruption et de&nbsp; la captation des ressources publiques, impunit\u00e9 et faiblesse de la justice, client\u00e9lisme politique et patrimonialisation de l\u2019\u00c9tat, faibles performances administratives et sentiment d\u2019injustice sociale. La crise de 2012, suivie des transitions politiques r\u00e9p\u00e9t\u00e9es, a renforc\u00e9 l\u2019id\u00e9e d\u2019un \u00c9tat instable et incapable de produire de la s\u00e9curit\u00e9 et du d\u00e9veloppement. \u00c0 mesure que la l\u00e9gitimit\u00e9 s\u2019effritait, la mobilisation citoyenne autour des institutions se fragilisait et les acteurs arm\u00e9s trouv\u00e8rent un terrain favorable \u00e0 leur enracinement. Dans de nombreux espaces, ce d\u00e9ficit de gouvernance se traduit par une crise du droit : lorsque la justice \u00e9tatique est absente ou inefficace, les populations se tournent vers d\u2019autres modes de r\u00e9gulation (coutumiers, communautaires ou sharia). Ainsi, la gouvernance n\u2019est pas qu\u2019un facteur secondaire,&nbsp; car elle structure l\u2019ensemble des dynamiques de la crise.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La crise malienne s\u2019exprime par une violence multiple, dont la caract\u00e9ristique majeure est sa diffusion g\u00e9ographique et sa capacit\u00e9 \u00e0 perturber la vie quotidienne des paisibles populations. L\u2019ins\u00e9curit\u00e9 n\u2019est pas seulement faite d\u2019affrontements arm\u00e9s, mais&nbsp; elle produit une crise durable de protection des civils se manifestant \u00e0 travers&nbsp; les attaques contre les forces arm\u00e9es et de s\u00e9curit\u00e9 et les populations, les enl\u00e8vements, les embuscades et&nbsp; les attaques de convois,&nbsp; l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 sur les axes routiers,&nbsp; la fermeture&nbsp; des locaux de l\u2019administration de l\u2019Etat et des Collectivit\u00e9s, d\u2019\u00e9coles et de centres de sant\u00e9&nbsp; et&nbsp; l\u2019augmentation du nombre de d\u00e9plac\u00e9s internes. Dans les r\u00e9gions du&nbsp; centre&nbsp; du Mali notamment, l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 a pris une forme de conflictualit\u00e9 enracin\u00e9e dans des tensions locales (acc\u00e8s aux ressources, comp\u00e9tition entre groupes, crises de leadership), souvent amplifi\u00e9es par des entrepreneurs de violence. La crise s\u00e9curitaire devient alors une crise sociale qui&nbsp; d\u00e9truit les conditions normales de la mobilit\u00e9, du commerce, de l\u2019\u00e9ducation, et du vivre-ensemble.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019intensification de conflits communautaires, particuli\u00e8rement dans les r\u00e9gions du&nbsp; centre&nbsp; est un aspect d\u00e9terminant de la dynamique interne. Ces conflits, intra et intercommunautaires li\u00e9s \u00e0 des diff\u00e9rends sur l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la terre, \u00e0 l\u2019eau, aux p\u00e2turages, ou \u00e0 des rivalit\u00e9s historiques, ont \u00e9t\u00e9 aggrav\u00e9s par l\u2019effondrement de la m\u00e9diation \u00e9tatique. Lorsque l\u2019\u00c9tat n\u2019est plus per\u00e7u comme arbitre neutre, les communaut\u00e9s d\u00e9veloppent des strat\u00e9gies autonomes favorisant la militarisation des identit\u00e9s par&nbsp; la formation de groupes d\u2019autod\u00e9fense, l\u2019installation de cycles de vengeance&nbsp; et la fragmentation du tissu social local. Dans ce contexte, la crise ne se limite pas \u00e0 un affrontement entre l\u2019\u00c9tat et des groupes arm\u00e9s, mais&nbsp; elle prend la forme d\u2019une conflictualit\u00e9 diffuse o\u00f9 les logiques locales peuvent devenir plus d\u00e9terminantes que les logiques id\u00e9ologiques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Enfin, la dynamique interne est aliment\u00e9e par une \u00e9conomie de crise. La fragilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat et la porosit\u00e9 du territoire&nbsp; au regard de son immensit\u00e9, ouvrent des espaces de pr\u00e9dation et de r\u00e9gulation ill\u00e9gale mat\u00e9rialis\u00e9s par une taxation informelle, le contr\u00f4le des routes, la&nbsp; contrebande, les&nbsp; trafics divers&nbsp; et l\u2019instrumentalisation de l\u2019aide des partenaires ext\u00e9rieurs. Cette \u00e9conomie nourrit la conflictualit\u00e9 en procurant des ressources aux acteurs arm\u00e9s, en fragilisant&nbsp; l\u2019\u00c9tat qui perd des recettes, voit son autorit\u00e9 concurrenc\u00e9e, et peine \u00e0 produire des politiques publiques efficaces.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>II. La dynamique externe : une crise ins\u00e9r\u00e9e dans l\u2019instabilit\u00e9 r\u00e9gionale et les recompositions internationales<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>La dynamique externe de la crise malienne&nbsp; dans&nbsp; une zone Sahel&nbsp; en crise , fait d\u2019elle une crise ins\u00e9r\u00e9e dans l\u2019instabilit\u00e9 r\u00e9gionale et les recompositions internationales , caract\u00e9ris\u00e9e par&nbsp; la porosit\u00e9 des fronti\u00e8res et la&nbsp; r\u00e9gionalisation des menaces&nbsp; , une internationalisation de la gestion s\u00e9curitaire, des m\u00e9diations, des processus de paix&nbsp; et m\u00eame des&nbsp; accords sous influence r\u00e9gionale et internationale, une recomposition g\u00e9opolitique et des&nbsp; rivalit\u00e9s d\u2019influence.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La crise malienne s\u2019inscrit dans un espace sah\u00e9lien caract\u00e9ris\u00e9 par&nbsp; de longues&nbsp; fronti\u00e8res difficiles \u00e0 contr\u00f4ler, une circulation historique des populations et des biens, la pr\u00e9sence de r\u00e9seaux transnationaux de commerce et de trafics. La d\u00e9stabilisation de la Libye, l\u2019extension des violences au Burkina Faso et au Niger et l\u2019existence de sanctuaires dans certaines zones frontali\u00e8res notamment le Liptako &#8211; Gourma ont contribu\u00e9 \u00e0 la r\u00e9gionalisation de la crise . Les groupes arm\u00e9s exploitent ces continuit\u00e9s g\u00e9ographiques et sociologiques&nbsp; pour se d\u00e9placer, se r\u00e9organiser et \u00e9largir leurs zones d\u2019action. Dans cette perspective, la crise malienne est indissociable des fragilit\u00e9s des \u00c9tats voisins dans la mesure o\u00f9 elle fonctionne comme une crise \u00ab \u00e0 fronti\u00e8res ouvertes\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La crise a entra\u00een\u00e9 une forte internationalisation de la r\u00e9ponse s\u00e9curitaire et politique par le&nbsp; d\u00e9ploiement de missions internationales de stabilisation,&nbsp; l\u2019appui logistique, financier et militaire&nbsp; et&nbsp; le renforcement de la&nbsp; coop\u00e9ration r\u00e9gionale contre les menaces transnationales mat\u00e9rialis\u00e9 notamment, par l\u2019av\u00e8nement de la Conf\u00e9d\u00e9ration des Etats du Sahel. Cette internationalisation a permis de contenir certaines menaces \u00e0 court terme et d\u2019\u00e9viter, \u00e0 certains moments, un effondrement complet des institutions. Toutefois, elle a aussi produit des effets ambivalents, telles la&nbsp; d\u00e9pendance accrue des populations, la&nbsp; divergence d\u2019objectifs entre acteurs&nbsp; et les incompr\u00e9hensions avec les perceptions locales. La pr\u00e9sence ext\u00e9rieure devient alors un facteur interne de d\u00e9bat politique, notamment autour de la souverainet\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La r\u00e9solution politique du conflit a \u00e9t\u00e9 largement port\u00e9e par des m\u00e9diations ext\u00e9rieures. Les n\u00e9gociations, notamment \u00e0 partir de 2013\u20132015, avaient&nbsp; pour objectif de produire un cadre institutionnel capable de r\u00e9pondre aux revendications territoriales et de r\u00e9int\u00e9grer les groupes arm\u00e9s dans la dynamique nationale. Cependant, ce&nbsp; processus de paix a souffert de la multiplicit\u00e9 des acteurs signataires ainsi que&nbsp; des m\u00e9diateurs,&nbsp; l\u2019existence de groupes non signataires, la faiblesse de la mise en \u0153uvre&nbsp; et les divergences d\u2019interpr\u00e9tation. De plus, la paix n\u00e9goci\u00e9e au niveau national n\u2019a pas toujours r\u00e9pondu aux conflictualit\u00e9s locales, particuli\u00e8rement dans les r\u00e9gions du centre, contribuant \u00e0 une distinction&nbsp; entre paix formelle et paix r\u00e9elle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au fil du temps, le Mali est devenu un espace de recomposition g\u00e9opolitique o\u00f9 se croisent : volont\u00e9 politique nationale, strat\u00e9gies r\u00e9gionales de s\u00e9curit\u00e9,&nbsp; agendas internationaux de lutte contre le terrorisme&nbsp; et rivalit\u00e9s d\u2019influence&nbsp; et&nbsp; de reconfigurations diplomatiques. La crise n\u2019est donc pas seulement une crise interne \u00ab assist\u00e9e \u00bb,&nbsp; elle est aussi&nbsp; et surtout un enjeu strat\u00e9gique dans lequel les acteurs externes projettent leurs int\u00e9r\u00eats. Cette dimension complexifie la gestion de la&nbsp; crise, car elle introduit une pluralit\u00e9 d\u2019objectifs parfois contradictoires.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La dynamique externe se caract\u00e9rise \u00e9galement par un effet de contagion dans la mesure o\u00f9&nbsp; la crise a contribu\u00e9 \u00e0 la diffusion de la&nbsp; violence dans la r\u00e9gion et,&nbsp; r\u00e9ciproquement. Cette circulation produit une instabilit\u00e9 en r\u00e9seau faisant des zones frontali\u00e8res des espaces de repli, recomposant les alliances&nbsp; et faisant&nbsp; que&nbsp; les&nbsp; attaques se d\u00e9pla\u00e7ant selon la pression militaire. La crise malienne, loin d\u2019\u00eatre isol\u00e9e ;&nbsp; n\u2019est pas isol\u00e9e, participe \u00e0 une crise sah\u00e9lienne plus large, dont les fronti\u00e8res nationales ne suffisent plus \u00e0 contenir la dynamique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>III. Articulation interne\/externe : une crise hybride et auto-entretenue<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>La crise hybride et auto-entretenue&nbsp; du Mali se d\u00e9compose en une crise multi-niveaux, du local au global et&nbsp; en un cercle de renforcement mutuel entre&nbsp; gouvernance, territoire et s\u00e9curit\u00e9. Elle se caract\u00e9rise en outre, par&nbsp; la souverainet\u00e9 comme point de tension entre interne et externe&nbsp; et les raisons de la persistance de la crise due essentiellement au d\u00e9calage entre solutions et nature du probl\u00e8me.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019une des caract\u00e9ristiques majeures de la crise malienne est sa nature&nbsp; multi-niveaux dans la mesure o\u00f9 un&nbsp; m\u00eame \u00e9v\u00e9nement violent peut \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9 \u00e0 trois niveaux : local (conflits de ressources, rivalit\u00e9s communautaires) ; national (d\u00e9ficit de gouvernance et de s\u00e9curit\u00e9)&nbsp; et r\u00e9gional\/international (circulation des groupes arm\u00e9s, agendas g\u00e9opolitiques).Cette superposition complexifie les r\u00e9ponses faisant qu\u2019une solution strictement militaire soit insuffisante car les&nbsp; tensions sont aussi sociales&nbsp; et qu\u2019une solution politique nationale exclusive&nbsp; \u00e9chouerait&nbsp; si les dynamiques r\u00e9gionales continuent d\u2019alimenter les menaces.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019interaction entre l\u2019interne et l\u2019externe produit un cycle de fragilisation caract\u00e9ris\u00e9e par la faiblesse de la gouvernance, entrainant une&nbsp; d\u00e9fiance et&nbsp; une perte de l\u00e9gitimit\u00e9, par&nbsp; l\u2019absence&nbsp; de l\u2019Etat et de services publics&nbsp; sur des pans entiers&nbsp; du territoire, par&nbsp; une implantation d\u2019acteurs arm\u00e9s entrainant une&nbsp; intensification des violences , par une intervention ou une&nbsp; pression ext\u00e9rieure, entrainant un d\u00e9bat sur les notions de \u00ab souverainet\u00e9\/d\u00e9pendance \u00bb, par une instabilit\u00e9 politique entrainant des difficult\u00e9s de r\u00e9forme et enfin par&nbsp; une reproduction de la crise, entrainant son&nbsp; expansion g\u00e9ographique. Ce cycle met en \u00e9vidence une crise auto-entretenue&nbsp; au sein de laquelle&nbsp; chaque tentative de r\u00e9ponse partielle, produit des effets limit\u00e9s, car la&nbsp; crise repose sur&nbsp; un syst\u00e8me d\u2019interconnexions multiples et vari\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans ce syst\u00e8me interconnect\u00e9, la souverainet\u00e9 constitue un point de tension majeur. \u00c0 l\u2019int\u00e9rieur, elle renvoie \u00e0 la capacit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat \u00e0 d\u00e9cider et \u00e0 gouverner. \u00c0 l\u2019ext\u00e9rieur, elle renvoie \u00e0 la place du Mali dans les m\u00e9canismes r\u00e9gionaux et internationaux. Lorsque l\u2019\u00c9tat d\u00e9pend fortement d\u2019appuis ext\u00e9rieurs, la souverainet\u00e9 est per\u00e7ue comme amoindrie. Mais lorsque l\u2019\u00c9tat se replie sur une logique strictement nationale,&nbsp; sans large coordination r\u00e9gionale, la gestion des menaces transnationales devient plus difficile. La souverainet\u00e9 appara\u00eet ainsi comme un concept \u00e0 la fois politique, strat\u00e9gique et symbolique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La persistance de la crise tient \u00e0 un d\u00e9calage fondamental consistant \u00e0 apporter des r\u00e9ponses conjoncturelles et des crises structurelles. En effet les r\u00e9ponses ont souvent \u00e9t\u00e9 sectorielles (militaires, institutionnelles, diplomatiques), alors que la crise est syst\u00e9mique. Dans ce contexte, la lutte contre les groupes arm\u00e9s ne suffira&nbsp; pas tant que les causes locales persistent; le dialogue politique national&nbsp; exclusif&nbsp; ne suffira&nbsp; pas \u00e0 elle seule, aussi longtemps&nbsp;&nbsp; que l\u2019\u00c9tat ne retrouvera&nbsp; pas sa capacit\u00e9 d\u2019assurer convenablement&nbsp; les services publics essentiels. En outre, l\u2019assistance internationale ne suffira&nbsp; pas non plus si elle n\u2019est pas articul\u00e9e avec&nbsp; une strat\u00e9gie nationale de l\u00e9gitimit\u00e9. Autrement dit, la crise dure parce qu\u2019elle combine&nbsp; un d\u00e9ficit d\u2019\u00c9tat, des contrastes&nbsp; territoriaux, une \u00e9conomie de violence et une r\u00e9gionalisation des menaces.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour conclure, nous dirons que l\u2019analyse des dynamiques interne et externe de la crise malienne r\u00e9v\u00e8le un ph\u00e9nom\u00e8ne complexe, dans lequel les causes profondes et les facteurs d\u2019amplification se renforcent mutuellement. La crise na\u00eet de fragilit\u00e9s internes : d\u00e9ficit de gouvernance, contrastes territoriaux, conflits communautaires, crise de souverainet\u00e9 et incapacit\u00e9 \u00e0 prot\u00e9ger les citoyens. Elle s\u2019aggrave dans un environnement sah\u00e9lien instable o\u00f9 circulent armes, combattants et divers produits de&nbsp; trafics, et o\u00f9 les interventions internationales et les rivalit\u00e9s d\u2019influence introduisent de nouveaux param\u00e8tres.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En d\u00e9finitive, la crise malienne n\u2019est ni exclusivement interne ni exclusivement externe : elle est hybride. Sa r\u00e9solution exige donc une approche int\u00e9gr\u00e9e articulant : la refondation de l\u2019\u00c9tat et de la gouvernance, la restauration de la pr\u00e9sence territoriale et des services publics, la protection des civils et la r\u00e9forme du secteur de la s\u00e9curit\u00e9, la r\u00e9conciliation sociale et la gestion des conflits locaux et&nbsp; enfin, une coop\u00e9ration r\u00e9gionale r\u00e9aliste adapt\u00e9e aux menaces transfrontali\u00e8res. Ainsi, la&nbsp; sortie durable de crise ne peut \u00eatre obtenue par une r\u00e9ponse unique. Elle n\u00e9cessite la reconstruction progressive d\u2019un \u00c9tat \u00e0 la fois l\u00e9gitime, protecteur, pr\u00e9sent sur son territoire et capable de ma\u00eetriser ses partenariats externes.\/.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La crise malienne, entr\u00e9e dans une phase aigu\u00eb en 2012, ne peut \u00eatre comprise comme un simple \u00e9pisode d\u2019effondrement politique, institutionnel et&nbsp; s\u00e9curitaire. 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