Issu d’une grande famille de notabilité religieuse, ce jeune et brillant avocat a volontairement quitté le luxe et la sécurité d’un cabinet, parmi les plus respectés qu’il a fondé, pour aller au front politique et combattre à visage découvert, un régime autocratique. L’exemple de Me Mountaga Tall mérite d’être remis au centre du débat public. C’est l’avis de Sambou Sissoko.
Dans un Mali contemporain, où la réussite individuelle se mesure au nombre de privilèges accumulés et à la distance prise vis-à-vis du destin collectif, l’exemple de Me Mountaga Tall, mérite d’être remis au centre du débat public. Voici un homme qui, jeune avocat brillant, issu d’une grande famille de notabilité religieuse, installé confortablement à la tête d’un cabinet d’avocat respecté, a volontairement quitté le luxe et la sécurité pour aller au front politique, affronter un régime autocratique.
Le choix de la lutte…pour ses
convictions
Face au Général Moussa Traoré, Me Tall n’était pas dans la posture, il était dans le risque. Il aurait pu se contenter de sa réussite professionnelle et de son héritage social, comme tant d’autres au Mali qui, une fois « à l’abri du besoin », se retirent des affaires publiques, pour préserver leurs intérêts privés. Lui a fait le choix inverse : celui de l’engagement. De la lutte. De la parole qui dérange. Et parfois, du silence en cellule.
Ceux qui, aujourd’hui, croient que la politique n’est que l’affaire des mécontents, des frustrés ou des arrivistes, devraient méditer le parcours de cet homme. Me Tall n’est pas venu en politique parce qu’il manquait de quelque chose. Il est venu parce que la République manquait de courage. Il s’est toujours battu pour ses convictions, même lorsque le prix à payer était élevé, même lorsque l’État, ce même État qu’il a contribué à libérer de la dictature, a refusé de le reconnaître.
Des médailles aux caméléons…
Car voilà le paradoxe malien : pendant qu’on érige des statues à ceux qui ont trahi, pendant qu’on distribue médailles et postes à ceux qui ont courbé l’échine, au fil des régimes, les vrais combattants de la démocratie et du multipartisme intégral, eux, sont laissés dans l’ombre. L’État malien tarde encore à lui décerner une médaille. Comme si l’ingratitude était devenue une vertu nationale.
Ce silence officiel est plus qu’une omission : c’est une faute morale. Il trahit une société qui valorise la ruse plus que la droiture, le silence plus que la dissidence, l’intérêt privé plus que le bien commun. Et ce modèle est désormais transmis à une jeunesse désabusée, qui apprend qu’il vaut mieux se taire pour réussir que parler pour construire.
Riche de culture, d’honneur, de dignité…
Mais Me Mountaga Tall, lui, nous enseigne l’inverse. Il est la preuve vivante qu’on peut être riche de culture, d’honneur, de dignité, et choisir le combat politique non pas pour avoir plus, mais pour être plus. Il rappelle que la noblesse de l’engagement ne réside pas dans les privilèges qu’on en tire, mais dans les sacrifices qu’on y consent.
Alors non, il n’est pas trop tard. Il n’est jamais trop tard pour dire merci à ceux qui ont fait l’histoire sans que la République ne leur rende justice. Me Mountaga Tall fait partie de ceux-là. Il est grand temps que la nation malienne sorte de sa torpeur mémorielle et lui rende l’hommage qu’il mérite.
Car si le Mali veut vraiment refonder quelque chose, qu’il commence par restaurer la vérité et la reconnaissance.
Sambou Sissoko.
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