Que dire des ponts instaurés entre deux jours chômés lorsqu’un jour ouvrable s’intercale au milieu ?
Au Mali, cette pratique, devenue presque automatique, mérite aujourd’hui une réflexion sérieuse tant ses conséquences économiques et sociales sont lourdes. Dans la quasi-totalité des classements internationaux relatifs aux performances économiques et sociales, notre pays à l’instar de nombreux pays africains figure malheureusement en peloton de queue. Cette situation interpelle d’autant plus que, il y a à peine soixante ans, plusieurs pays africains affichaient des niveaux de développement comparables à ceux de pays comme la Chine ou la Corée du Sud. L’une des explications majeures de l’écart actuel réside dans la valeur accordée au travail dans ces pays aujourd’hui émergents. Là-bas, tant qu’il y a du travail à accomplir, on travaille, aussi bien dans le secteur public que dans le secteur privé. La continuité de l’activité économique est perçue comme une priorité nationale. Au Mali, comme dans beaucoup de pays africains, les défis de développement restent immenses. Combler notre retard exige non seulement des politiques publiques efficaces, mais aussi une mobilisation accrue autour de l’effort de travail. Dans ce contexte, les jours de « pont » accordés simplement parce qu’un jour ouvrable se trouve entre deux jours chômés apparaissent comme un non-sens économique. Il s’agit là d’une perte considérable pour l’économie nationale. Imaginons une seule journée sans aucune rentrée de recettes pour l’ensemble des postes de douane du pays, les centres des impôts, les services des domaines et du cadastre, sans oublier de nombreuses autres administrations génératrices de revenus. Le coût réel de ces journées d’inactivité est rarement évalué, mais il est sans aucun doute élevé. Pour un pays en quête de développement comme le nôtre, ce luxe n’est tout simplement pas soutenable. Nos autorités gagneraient à revoir rapidement la législation et les pratiques relatives aux ponts entre jours chômés, afin de préserver la continuité du service public et de l’activité économique. Le Mali ne pourra emprunter le chemin de la prospérité qu’au prix d’un effort collectif soutenu. Plus que jamais, nous devons travailler et parfois travailler plus que les autres pour bâtir un avenir économique solide et durable.
Sory de Motti/Nouvelle Patrie
