Depuis plus de trente ans, le Mali a fait le choix parfois par défaut de la privatisation progressive de son système éducatif, de la maternelle à l’enseignement supérieur.
Partout sur le territoire national, des écoles et instituts privés ont vu le jour, présentés comme la solution miracle à la saturation chronique du système public. Si cette dynamique a permis d’absorber une demande croissante en éducation, elle soulève aujourd’hui de sérieuses inquiétudes quant à la qualité réelle de l’enseignement dispensé. Il faut le reconnaître : la privatisation a permis d’augmenter le taux de scolarisation et d’élargir l’accès à l’éducation. Mais à force de privilégier la quantité au détriment de la qualité, le pays court le risque de produire des générations de diplômés sans compétences solides, fragilisant ainsi le capital humain national. L’éducation ne peut être réduite à une simple logique de marché. L’un des dysfonctionnements les plus préoccupants concerne la gestion des ressources humaines dans les établissements privés. Les enseignants, pourtant au cœur du système éducatif, sont souvent maintenus dans une précarité structurelle : contrats instables, absence de carrière, faible reconnaissance professionnelle. Pendant ce temps, certaines écoles privées réalisent des chiffres d’affaires de plusieurs centaines de millions de francs CFA, sans investir suffisamment dans un corps enseignant permanent et qualifié. Il est inacceptable que des établissements d’enseignement supérieur fonctionnent presque exclusivement avec des enseignants vacataires, tout en employant un personnel administratif pléthorique. Cette situation traduit une dérive inquiétante : l’école devient une entreprise commerciale où la rentabilité prime sur l’exigence académique. Or, on ne construit pas une nation sur des diplômes de façade. Face à cette réalité, l’inaction de l’État n’est plus tenable. Les autorités éducatives doivent assumer pleinement leur rôle de régulateur. Il est impératif d’imposer des normes strictes, notamment l’obligation pour les établissements privés de disposer d’au moins 70 % de personnel pédagogique permanent qualifié, incluant des docteurs et des professeurs spécialisés. La délivrance et le renouvellement des agréments devraient être conditionnés au respect de ces exigences. La privatisation de l’éducation au Mali n’est pas un échec en soi. Mais sans une régulation ferme, courageuse et transparente, elle risque de devenir un facteur majeur de dégradation de la qualité de l’enseignement. L’éducation est un investissement stratégique, pas un fonds de commerce. Il est temps que l’État tranche, non pas en faveur des intérêts privés, mais au nom de l’avenir du pays.
Sory de Motti/Nouvelle Patrie
