L’ancien président de la délégation spéciale du district de Bamako, officier supérieur de police à la retraite, Balla Traoré, vient de publier son dernier ouvrage intitulé « Les erreurs de la France au Mali ». Paru aux Éditions Postille, ce livre de 125 pages dénonce, selon l’auteur, la déstabilisation, la manipulation des dirigeants maliens, les accords commerciaux biaisés ainsi que les rébellions orchestrées par la France. La cérémonie de présentation et de dédicace a eu lieu le samedi 30 août 2025 à la Maison de la presse.
Après « La grande naïveté de l’Africaine », Balla Traoré revient avec un nouvel essai engagé. Dans « Les erreurs de la France au Mali », il met en lumière ce qu’il qualifie de stratégies malsaines de l’ancienne puissance coloniale. L’ouvrage aborde trois thèmes principaux, complétés par plusieurs sous-thèmes tels que « La stratégie française au Mali », « La guerre de libération, pas une guerre contre le terrorisme », « L’AES, une victoire incertaine », « L’Afrique, un continent riche mais pauvre », ou encore « La démocratie, la plus grande manipulation de l’histoire ».
Dans son analyse, M. Traoré rappelle l’euphorie suscitée par l’opération Serval en 2013 :
« Ils ont eu une chance inouïe avec la fameuse opération Serval. Tout le monde se rappelle qu’après Serval, les gens étaient contents, on applaudissait, il y avait des drapeaux français, certains ont même donné le nom de leurs enfants à Hollande. Après Serval, les Maliens n’avaient rien à refuser à la France. Quelle erreur ils ont commise ! Mais les Français ont poursuivi leur agenda, visant la partition du Mali. Ils ont mal jugé l’opinion malienne », a-t-il expliqué.
Pour l’ancien président de la délégation spéciale de Bamako, la France a commis une grave erreur de lecture de l’histoire et du caractère du peuple malien :
« Ils ont oublié qu’il leur a fallu 30 ans pour conquérir le Mali à l’époque coloniale, alors que dans d’autres pays, quelques mois suffisaient. Ils n’ont pas su lire l’homme malien, sa résilience et son attachement profond à la patrie », a-t-il insisté.
Selon lui, la volonté de partition du Mali est une constante dans la politique française, qu’elle soit menée par la gauche ou la droite :
« L’objectif est clair : faire du nord du Mali une réserve d’hydrocarbures et de gaz pour la France. Et pour y arriver, la solution a toujours été la même : encourager et soutenir une rébellion », a-t-il affirmé.
Il a également dénoncé l’application sélective du droit international :
« Tout le monde a condamné la volonté de sécession de la Catalogne. Mais quand la même situation s’est produite au Mali, personne ne s’est opposé. C’est la politique du deux poids, deux mesures », a-t-il regretté.
Balla Traoré accuse la France d’avoir joué un double jeu :
« Que ce soit la rébellion ou le terrorisme, si l’on enlève le rôle joué par l’ancien colonisateur, tout s’effondre. Nous avons mis du temps à comprendre que la France tenait un double langage : en même temps l’instigateur et le pompier. Pendant près de dix ans, nous avons accepté sur notre sol celui qui était la cause de notre malheur », a-t-il déclaré.
L’auteur estime toutefois que la prise de conscience s’est amorcée grâce à l’avènement d’internet et des réseaux sociaux :
« Les Maliens ont fini par comprendre que derrière ce qui se passait, il ne pouvait y avoir que la France », a-t-il soutenu.
Des participants à la cérémonie ont plaidé pour que l’ouvrage soit traduit et diffusé largement, notamment en France, afin d’éclairer davantage d’opinions. La rencontre a été ponctuée de témoignages, de débats et de questions d’éclaircissement adressées à l’auteur.
Par Abdoulaye Ouattara
