Elle joue à la guitare, au Dozo n’goni et au Kamelé n’goni. Doussou Koulibaly est une étoile montante de la musique malienne qui tient son public en haleine à chaque fois que l’occasion lui a été offerte. Cette jeune dame née à Kankan en Guinée Conakry, mais d’origine malienne vous a rendus visite le 15 février dernier. Lisez notre entretien avec elle.
Originaire du Mali, Doussou Koulibaly est née à Kankan en Guinée Conakry en 1981. Après une tendre enfance avec ses parents, elle se rend au Mali en 2004 avec l’esprit de devenir un grand artiste musicien un jour. Ce qui ne tardera pas se réaliser. Car la jeune Malinké s’inscrira à l’Institut National des Arts (INA) où elle a suivi des cours privés pendant deux ans en guitare et en voie. En 2006, c’est le depuis d’une aventure pleine de mutations. Doussou Koulibaly se familiarisera d’abord avec la guitare qu’elle va vite abandonner au profit de ‘’Kamele n’goni’’, un instrument musical traditionnel réservé uniquement aux jeunes hommes. Cette nouvelle aventure dans l’héritage musical de l’Afrique à travers notre pays, lui donnera un nouveau sens de compréhension sur le monde artistique et de s’y adapter. ‘’J’ai découvert le ‘’Kamelé n’goni’’à la maison de l’Artisanat de Bamako. Après avoir réfléchi, j’ai décidé de jouer à cet instrument, parce que je me disais qu’il y a pas assez de femmes qui s’y intéressent. J’ai préféré cet instrument, parce que c’est aussi un instrument qui réserve la valeur culturelle africaine. Je dirais même que le ‘’Kamele n’goni’’ est la source de tous les instruments musicaux de l’Afrique qui se sont répandus dans le monde entier’’, a-t-elle justifié.
Une femme, pas comme les autres !
Doussou, avec son ’’Kamelé n’goni’’ entre les mains, ne se sent jamais frustrée bien qu’elle n’ait pas été à l’école. ‘’Je regrette sérieusement de n’avoir pas été à l’école comme mes camarades. Mais néanmoins, je me sens parfaitement en aise comme çà. Je peux faire tout ce que font les hommes. Quand j’ai commencé le ‘’Kamelé n’goni’’, les hommes et même les femmes me disaient chaque fois que ce n’est pas fait pour les femmes tout en me demandant d’arrêter. Mais, je leur répondais que je veux aller jusqu’au bout. Et grâce à leur appui, je vais y arriver’’, a-t-il témoigné.
Doussou Koulibaly se sent également intéressée par le ‘’Dozo n’goni’’, un instrument musical des chasseurs. Mais la complexité de ce milieu handicape beaucoup son ambition. ‘’J’ai une fois joué avec les Chasseurs dans le Mandé. Mais, j’avoue que ce n’a pas été facile. Certains chasseurs étaient d’accords, mais d’autres n’étaient pas du tout d’accords et ils se disaient que ce n’était pas un évènement des gamins au point d’accepter une femme à leur sein. Mais, le vieux qui m’a accueillie m’avait attachée des gris-gris au coup et un peu partout afin de me préserver de tous les mauvais sorts dont je pouvais être victime et voilà ça a bien marché (rires). J’ai chanté avec mon Kamelé n’goni jusqu’à la vieille. Et après le vieux m’avait dit de prendre mes distances pour un moment’’, a-t-elle déclaré.
Premier album, premier succès !
Inspiré de Djenné Doumbia, Rokia Traoré, Salif Kéita, Hobib Koité et Bembaya Jazz, Doussou Koulibaly a réalisé sa première maquette en 2010 qui a été éditée en février à la même année par le Studio Yeelen. Cet album dénommé ‘’Nantou’’, (le nom de la mère de Doussou elle-même) est composé de 10 titres. A travers ces titres, l’artiste véhicule en langue Bambara et Mandingue des messages liés au travail, à la bénédiction, au respect des codes des routes pour une bonne circulation des personnes et leurs biens, à l’amour, aux méfaits de l’aventure clandestine, aux éloges des cultivateurs et aux valeurs socioculturelles de l’Afrique. Doussou a également affirmé que la musique occupe une place extrêmement importante de sa vie quotidienne. ‘’La musique, c’est ma vie. Elle a occupé et continue à occuper une place importante en ma personne. C’est grâce à la musique que je vis aujourd’hui au Canada. Elle m’a aussi emmenée dans plusieurs pays dont le Danemark, la Suède, l’Amérique et dans plusieurs pays du continent africain. Au cours de ces voyages, j’ai eu à participer à pas mal de manifestations artistiques et culturelles telles que les festivals’’ a-t-il souligné.
S’agissant du rôle que doivent jouer les artistes dans un pays pour sa stabilité, Doussou a simplement rappelé : ‘’Les artistes jouent un grand rôle très important dans la stabilité du pays. Ils sont considérés comme des imams ou des papes devant son peuple.’’ Poursuivant, elle a estimé que la querelle entre les artistes maliens est généralement due aux conditions de vie des artistes. ‘’La pauvreté oppose les artistes maliens. Les albums ne s’achètent plus, les artistes n’ont pas assez de moyens. C’est ce qui crée la haine entre les artistes’’, a-t-elle déclaré.
Comme projet, Doussou Koulibaly compte mettre place une Association de fabrication des instruments musicaux dans le but les préserver les instruments authentiques. Elle compte se lance dans le cinéma dès que l’occasion se présente. Pour contribuer davantage à la promotion de nos valeurs socioculturelles, Doussou Koulibaly entend créer un festival artistique et culturel.
Source: Le Challenger
