Il est des absences qui résonnent plus fort que de longs discours. Celle de ce mardi 3 février 2026 en est une parfaite illustration. La traditionnelle présentation de vœux de Me Mountaga Tall à la presse s’est tenue, cette année en ligne, loin de la salle de la Maison de la presse. Un fait en apparence anodin, mais lourd de symboles, qui n’a pas manqué de heurter les nostalgiques de la démocratie. Car, telle une ironie du sort, la démocratie semble aujourd’hui se retrouver à la porte de sa propre maison.
Le paradoxe est saisissant. Depuis 1999, Me Mountaga Tall s’était imposé, sans discontinuer, la tradition de présenter chaque début d’année ses vœux à la presse nationale et internationale. Mais vingt-sept ans plus tard, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Le contexte a changé, le Mali aussi, amorçant une nouvelle trajectoire. Celui qui se tenait chaque année au pupitre pour analyser la situation nationale et adresser ses vœux aux médias n’a pas pu, cette fois-ci, franchir le seuil de la Maison de la presse.
La cause invoquée par le président de la Maison de la presse, Bandiougou Danté, est claire, l’interdiction des activités politiques, consécutive à la dissolution de l’ensemble des partis politiques au Mali. Une situation exceptionnelle qui a contraint l’ancien leader politique à s’exprimer hors des murs, non par gaieté de cœur, mais par obligation.
Ainsi, celui qui fut l’un des initiateurs, sinon le précurseur, de cette cérémonie républicaine de vœux à la presse, aux médias et aux citoyens, s’est retrouvé persona non grata. Non par défi, encore moins par rupture, mais par respect d’une décision gouvernementale jugée contraignante et exceptionnelle.
Dans une réponse empreinte de courtoisie et de mémoire institutionnelle, Bandiougou Danté a tenu à rappeler certaines vérités essentielles. Selon lui, le refus d’accès à la Maison de la presse n’est «ni un acte de peur, ni de reniement, encore moins de compromission». Il s’inscrit, explique-t-il, dans l’application stricte et équitable d’une mesure qui s’impose indistinctement à tous les acteurs politiques, quels que soient leur statut ou leur bord.
Mais au-delà de cette justification administrative et du souci affiché de préserver la paix sociale, une question demeure. Pour les nostalgiques de la démocratie, l’événement a eu l’effet d’un électrochoc. Ils voient dans cette situation un coup dur supplémentaire porté à l’espace public et au débat démocratique. La Maison de la presse, jadis sanctuaire de la parole libre, du pluralisme et de la confrontation des idées, semble aujourd’hui réduite au silence, privée de ce rôle central qui faisait d’elle un pilier du débat public.
