Au Mali, la majorité de la population ignore la mercuriale des prix. Une ignorance à l’origine d’augmentations à tout bout de champ, mais aussi des réactions pas toujours justifiées. Face à la hausse du coût de la vie et aux plaintes des consommateurs, certains s’interrogent si l’Etat joue bien un rôle. Pendant ce mois de ramadan, le prix du kilo du gingembre est passé subitement de 400 à 3500 FCFA. La mercuriale des prix est-elle réellement respectée et bien encadrée sur les marchés?
La mercuriale des prix est un document officiel qui recense les prix minimum, moyen et maximum de plusieurs produits sur les marchés. Elle est établie par les autorités compétentes afin de suivre l’évolution des prix et d’aider à la régulation du marché. Ce bulletin permet notamment de connaître les niveaux de prix observés dans le district de Bamako et dans les capitales régionales. Les données y sont collectées dans différents points de vente afin d’obtenir une moyenne représentative du marché. L’objectif principal est double : protéger le pouvoir d’achat des consommateurs et assurer une certaine transparence dans les transactions commerciales. Au Mali, plusieurs produits de première nécessité font l’objet d’une fixation ou d’un plafonnement de prix par l’État. Il s’agit notamment du riz, du sucre, de l’huile, du gaz butane, du ciment ou encore du pain. Ces mesures visent à protéger les populations des spéculations et hausses excessives sur le marché.
Des violations parfois constatées
Malgré ce dispositif réglementaire, la réalité du terrain montre que les prix pratiqués ne respectent pas toujours les niveaux fixés ou recommandés. Plusieurs facteurs expliquent cette situation. Il s’agit, entre autres, des difficultés d’approvisionnement liées au contexte international, l’augmentation des coûts de transport et de logistique, la spéculation de certains commerçants, l’insuffisance des contrôles dans certains marchés. Face à ces pratiques, le ministère de l’Industrie et du Commerce fait souvent des mises en garde aux commerçants contre toute violation de prix fixés pour certains produits. Ainsi, pour lutter contre ces dérives, la Direction générale du commerce, de la consommation et de la concurrence (DGCC) mène souvent des opérations de contrôle sur les marchés. Cette structure, qui est chargée de veiller au respect des règles commerciales, protéger les consommateurs et sanctionner les pratiques frauduleuses, traîne souvent les pieds depuis quelque moment. Si les autorités encouragent les consommateurs à signaler toute infraction ou tout dépassement de prix, les réactions se font attendre souvent. Si la mercuriale des prix constitue un outil important de régulation économique, son efficacité dépend aussi du respect des règles par les acteurs du commerce et de la capacité de l’État à contrôler les marchés. En définitive, la mercuriale n’est pas toujours directement violée, puisqu’elle sert souvent d’indicateur statistique des prix. Toutefois, les prix plafonds fixés pour certains produits peuvent être dépassés dans la pratique, ce qui alimente le sentiment d’une hausse incontrôlée du coût de la vie. Dans un contexte économique marqué par l’inflation et les tensions sur les marchés internationaux, la question du respect des prix demeure donc un défi majeur pour les autorités maliennes et un enjeu crucial pour la protection du pouvoir d’achat des populations.
Drissa Togola/Le Challenger
